J'ai déchiré ma carte d’électeur depuis le vote du budget ?
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Le spectacle pathétique du vote du budget à la fin de l’année 2025 « m’a tuer ». J'en ai déchiré ma carte d'électeur pour de bon ! Je ne vais pas me perdre dans les détails et tenter de recontextualiser ce que que tout le monde connaît déjà. Je vais juste tenter de me rappeler certaines évidences. Et d’en faire l’inventaire.
Le refus du compromis
Sur les 27 pays de l’UE, 25 sont gérés par des coalitions au pouvoir. Les deux seuls à ne pas avoir de coalition au pouvoir sont Chypre et Malte. La population cumulée de ces deux pays fait moins de 1,5 million d’habitants. A titre de comparaison, Paris est composé de plus de 2 millions d’habitants.
Certes, le terme de « coalitions » englobe des réalités bien différentes d’un pays à un autre. La composition politique de chaque pays n’est pas réellement comparable telle quelle et les systèmes politiques et électoraux diffèrent. Dont acte ! Mais ça ne change rien à la réalité : les gens se parlent, négocient et trouvent des compromis. Dans l’intérêt bien compris de leur pays.
Mais le spectacle proposé par notre classe politique en représentation à l’Assemblée Nationale fut d’un sordide. Si j’ai bien compris et assimilé les conclusions et avertissements des politistes, observateurs et autres « déclinologues », nous serions à l’orée d’un effondrement économique et financier du pays. On ne peut effectivement que s’inquiéter quand on prend le temps d’examiner quelques des chiffres et statistiques disponibles ici ou là. C’est profondément inquiétant et je n’ai pas entendu à ce jour des individualités nous prétendre le contraire.
Soyons clair : personne n’a la panacée céans ! Et s’il n’y a pas de recette miracle, la seule solution est encore d’en assembler plusieurs de moindre dimension et d’origine variée, pour tenter de nous sortir de cette spirale inquiétante. Ce que font nos voisins européens. Pragmatiques et réalistes. Mais non, chez nous c’est impossible.
L’idéologie inféconde
Nos politiciens semblent si pétris d’idéologie qu’ils en deviennent intolérants au bon sens. L’idéologie devient un prisme déformant qui exclue de facto tout sens de la nuance. Une vision binaire du monde s’impose, une frontière est tracé entre le Bien et le Mal. On bascule vite de l’idéologie à la rectitude religieuse. Tout opinion contraire devient un blasphème. L’extrême polarisation ne permet plus le dialogue. Même quand il devient nécessaire. On peut même constater les biais cognitifs s’assembler de concert sous le drapeau de l’idéologie. Dunning-Kruger, biais de confirmation, de halo, etc.
Quand on est de gauche, on ne peut accepter et tolérer des solutions de droite. On ne débat pas des « thématiques de droite », car on refuse toute compromissions avec le Diable. Le consensus devient contamination.

Des thèmes aujourd’hui majeurs comme l’émigration sont exclus du débat politique. La gauche l’appréhende comme un problématique de droite et refuse de se souiller à ne serait ce que l’aborder. A droite on refuse l’idée de dialoguer sur une meilleure répartition de la fiscalité sur le travail et le capital, car c’est une marotte de communiste. L’idéologie ne fait que nous conduire à une inféconde polarisation.
Les partis politiques ne pensent plus le monde.
Les partis politiques ne sont plus que des machines électoralistes. On n’y débat plus de projets de sociétés. On n’y aborde plus de nouvelles thématiques et on ignore de nouvelles solutions. Le champ des possibles s’est retreint à la prochaine élection et la meilleure stratégie marketing pour convaincre telle ou telle catégorie d’électeurs.
La pensée politique se rassemble désormais dans des cercles de réflexion (Think Tanks) qui régulièrement proposent des études, ou des rapports. Ils sont désormais ex-vivo. Ce qui génère son lot de questionnements. La pensée doit parfois s’élever et s’exclure des nécessités du quotidien pour retrouver sa puissance et fluidité. Certes, mais la politique au sens Politis c’est aussi penser le quotidien et on ne peut s’en exclure et tenter de conserver pertinence. Aujourd’hui « hors-sol » est devenu le mantra et l’offense suprême.
Le dialogue politique se rétracte.
De nos jours, les slogans prévalent. Ils ont ringardisés la pensée et les programmes. De nos jours proposer un programme politique précis, conditionné et chiffré aux français, c’est prêter le flanc à toutes les critiques. Aujourd’hui proposez c’est se désigner comme cible. On ne débat pas sur des propositions et pertinence, on en isole une fraction spécifique, on la dramatise, puis on vous prédit le psychopompe et la catastrophe nationale. On vous discrédite, on vous disqualifie.
De nos jours le personnel politique ne propose pas, il se borne à critiquer et dénoncer son concurrent. Il tente de le le déprécier. Le discrédit pour seule stratégie. S’il est nul, c’est donc que je suis meilleur. De facto ! Élisez moi !!
La perte d’intérêt, de cognition, de culture et de connaissances de nos pairs ont aussi appauvri le discours politique. Les nouveaux citoyens ne sont plus en capacité de recevoir la parole politique, d’analyser les projets et de se remettre en perspective.
Et c’est bien là que le slogan prend toute sa dimension. De plus en plus de citoyens ne comprenant plus les complications et les subtilités de la conduite du pays, il faut tenter d’initier le vote sur d’autres dynamiques. Abandonner les discours et les démonstrations. Il faut désormais ramasser sa pensée pour convaincre. Sur une posture, un slogan ou une incantation. La plus réussie de ces dernières années était encore « Travailler plus, pour gagner plus », suivi par le plus morne et plat « Mon ennemi, c’est la finance ». De nos jours, on est passé à l’étape suivante : serrer des main sur Tik Tok avec sourire et empathie.
Sur ce point précis, tout le monde est coupable. Les politiques qui n’ont pas pour vocation d’éduquer mais de convaincre. Les médias et journalistes qui cherchent l’angle et l’accroche pour développer leurs ventes, ayant déjà préempté les mutations cognitives de leurs clients. Et un public qui n’est plus formé, qui n’y comprend plus grand-chose et qui n’ a pas envie de sortir de son « scroll » quotidien pour se triturer les méninges.

Un système politique féodal
Notre système politique est biaisé. Dès le départ. La 5ème République est une monarchie parlementaire pensée à une époque et par un homme qui avait connu l’immobilisme de la République précédente. Et avait souhaité mettre en place un système et des structures à rebours de la République précédente. Convaincue qu’elle était responsable de la débâcle de 40.
Mais désormais, le système semble en bout de course. Le contexte n’est plus le même. La mondialisation a bouleversé les repères et accéléré le monde. Tout en le rétractant. Les empires tentent de se reconstituer. La démographie française a changé et les nouvelles technologies ont modifié tant de choses. Si la 5ème République a jeté les bases des Trente Glorieuses, il nous faut maintenant modifier le système et la structure pour préparer les Trente prochaines.
Dans bien d’autres pays, un député d’une couleur peut voter pour le projet de Loi émanant du camp d’en face. Sans que cela ne pose réellement de problèmes. Chez nous, c’est impossible. La discipline et la mécanique des groupes parlementaires l’interdit. Si le Chef du groupe parlementaire a dit que Bidule raconte n’importe quoi, il faut donc que tous les membres du groupe parlementaire abondent : Bidule est un ignare et raconte n’importe quoi ! Et voilà comment on peut immobiliser tout un système. Tout un pays. Par ego, Narcisse ou Hubris. Nous sommes arrivé au bout du système.
On brandit des lignes rouges et l’on refuse de donner du crédit à l’idée d’autrui. Non parce qu’elle pire ou meilleure, mais tout simplement parce qu’elle vient du camp d’en face.
Le cycle des élections et l’aristocratie démocratique.
D’un point étymologique l’aristocratie c’est le gouvernement des meilleurs. Une définition plus neutre nous propose : régime politique ou un groupe social où le pouvoir et la direction du pays appartiennent à une élite minoritaire.
L’immense majorité de nos politiques ont choisi de faire carrière dans la politique. Formés dans les mêmes écoles, évoluant dans les mêmes cercles. Les apports d’autres domaines économiques sont rares et il faut avouer qu’ils n’ont pas aussi toujours réussi. Les greffons ont rarement produit. Arrivés avec une vision et un fonctionnement managérial d’entreprise et qui nécessite quelques ajustements. Mais il faut bien avouer que les politiques sont parfois réticents à partager leur connaissances des rouages et mécaniques. Qui déteint le savoir, détient le pouvoir. Qui se partage rarement.
Cet ensemble forme une classe politique d’élus et de collaborateurs à part entière. Qui donne parfois l’impression ou l’illusion de vivre en vase clos. Et ils sont nombreux. La France est le pays qui a le plus d’élus dans l’UE et c’est essentiellement dû à la part des élus locaux, puisque la France compte près de 35 000 commune sur son territoire. Sans oublier de rajouter le mille-feuille administratif : communes (35 000), Intercommunalités (1 250 structures), métropole, département (101), région (13) et État. In fine, 567 222 élus locaux en France. Pour clôturer le chapitre, 26 milliards d’euros par an pour le coût du mille-feuille administratif et 7,5 milliards d’euros pour les coûts de coordination entre les niveaux. La France est le pays où la fragmentation administrative coûte le plus cher.
Beaucoup de gens qui vivent et bâtissent des carrières sur les taxes et impôts payés par les français. Un nombre important de nos politiques entrevoient leur fonction, non comme une charge, mais comme un métier et une carrière. Mais il y a un souci avec tout ça : les élections ! Si on les perds, on perd son métier et ses avantages. Et elles prennent dès lors une importance plus personnelle que publique.

Peut on concevoir la politique comme un métier et une carrière ?
De nos jours, les trajectoires professionnelles linéaires sont devenues minoritaires, et changer de métier plusieurs fois au cours d’une vie est désormais devenue une dynamique structurelle du marché du travail. Réalité documentée par plusieurs sociologues. La transformation du marché du travail se fait essentiellement à cause de l’automatisation, la numérisation, et l’IA + déclin de l’emploi à vie + flexibilité imposée par les entreprises.
Mais, ils semble que les élus politiques soient imperméables aux mutations de la société et souhaitent le rester. Nous avons donc toujours les mêmes qui s’échangent les mêmes postes et nous le présentent comme le mécanisme sain et naturel de la démocratie : l’alternance. Les élections deviennent dès lors l’unique objet de leur désir. Afin de conserver intacte leur trajectoire de carrière.
Les élections concentrent la plupart de leurs efforts et il semble désormais qu’elles soient devenues l’alpha et l’oméga de leurs actions au quotidien. Parfois dans le déni des intérêts supérieurs de la Nation. Et accessoirement du peuple. Les prochaines élections sont désormais devenues le point central de l’action politique.
On ne peut s’exonérer de l’analyse d’autres systèmes politiques et leurs réussites.
La Chine peut répondre aux critères de la démocrature. Pas d’alternance, pas de débat démocratique. Pas d’élections dignes de ce nom. Une nation d‘ingénieurs qui se développent sur ce qui nous fait défaut : le temps long. De vrais projets féconds prennent de nos jours plusieurs années à se mettre en place, se développer et donner des fruits. Ils ont besoin du temps longs. Or par chez nous, les élections nous obligent à intégrer l’impondérable et l’imprévisible dans l’équation. Changements de fiscalité, de réglementations, etc. Le prix de la démocrature chinoise ? L’absence de libertés personnelles et publiques. Question : vous sentiriez vous libre avec pour seul revenu le RSA et la seule solution de l’endettement pour payer votre loyer et nourrir vos enfants ?
Si l’on prend l’exemple inverse des USA, en se rappelant que c’est un système fédéraliste, on note que l’alternance n’impactait pas le développement. Jusqu’à lors… Les différences entre les rouges et les bleus n’étant qu’accessoire. Les USA sont en campagne permanente avec des élections tous les deux ans. Et jusqu’ici le système fonctionnait car il n’était jamais impacté dans ses structures profondes, ses mécaniques et dynamiques. C’étaient plus ou moins les mêmes qui alternaient.
L’arrivée du président Trump a modifié la marche tranquille de l’économie américaine. Il a personnalisé le pouvoir et son usage, brisé l’équilibre des pouvoirs et polarisé le peuple étasunien. L’économie américaine ne s’est pas effondrée depuis, elle ronronne. Elle perd de sa capacité d’innovation pour entrer en économie de rente. Pétrolière, gazière, financière et technologique. On me répliquera que l’IA est une révolution en marche et qu’elle n’a rien d’une rente. Pas encore…
Le président Trump a brutalisé ses partenaires et induit une imprévisibilité d’alliance. Jusqu’au réveil des européens qui tarde à prendre forme. Les élections américaines perpétuelles ont initié une rupture et induit de l’imprévisible, quand l’économie est toujours rétive à l’impondérable et l’incertain.

Des réformes aux ajustements paramétriques et révolutions incrémentales.
De nos jours le système politique et économique prévalent est immuable. La politique se borne à de simples ajustements paramétriques et des « révolutions » incrémentales. Trop de monde profite directement ou indirectement d’un système qui n’ a pas vocation à changer. Nos sociétés se sclérosent et l’on ne pense plus qu’à protéger ses acquis, ses avantages ou sa rente.
Système à bout de souffle, précarité en hausse, les électeurs ont la tentation du dégagisme. Il est fort probable que les populistes arrivent au pouvoir et si ce n’est en 2027, ils y seront en 2032. Et les populistes échoueront. Quelque soit leur couleur politique. Trop d’intérêts en jeu pour tenter une réforme ou une révolution d’un système à bout de souffle.
Le cas français m’interpelle. Peuple éruptif et régicide, les français ont conservé une capacité de révolte. Le système tenait tant que les classes moyennes parvenaient à vivre décemment. Mais désormais, le capital se concentre, les rentes se créent et se consolident et les déciles inférieurs plongent dans la précarité. Jusqu’ici tout va bien, le plus important n’est pas la chute, mais l’atterrissage.
La prochaine étape est déjà actée : un ou une populiste va donc accéder au pouvoir. Ça semble inéluctable. Quand il ou elle aura échoué, il ne restera plus d’espoir aux plus démunis et d’autre option que la violence. Mais non, ça n’arrivera jamais ! Qui avait prévu les Gilets Jaunes et leur ampleur ? Qui avait prévu les émeutes suite à l’affaire Nahel ? Ignorer les signaux faibles ne nous garanti en rien constance et sérénité.
J’ai voté la première fois en 1988. J’ai toujours voté depuis. Studieux et appliqué, car pour moi le vote n’est pas un droit mais un devoir. J’ai même voté blanc à l’occasion, mais les votes blancs sont assimilés en France à des votes nuls. A partir d’aujourd’hui, je refuse de participer à cette farce. Ça n’a plus de sens et ça ne fait plus sens. Je démissionne, sans passer par la rupture conventionnelle.
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Continuez vous à voter, ou avez vous renoncé ?
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