De quoi je me mêle ?
- 27 juil.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 4 jours
Voici des questions posées par une avocate sur Facebook et ma réponse.
Citation:
Les soirées « gangbang » peuvent-elles être interdites au nom de la dignité de la personne humaine ?
Le Conseil d’État vient de rappeler que le principe de dignité peut, dans certaines circonstances, justifier une telle interdiction au titre de l’ordre public.
Une décision qui relance un débat essentiel :
➡️ Jusqu’où l’État peut-il limiter les libertés individuelles pour protéger la dignité ?
➡️ Des adultes pleinement consentants devraient-ils pouvoir faire ce qu’ils veulent dans un lieu privé ?
➡️ Ou certaines pratiques peuvent-elles être interdites même lorsqu’elles sont consenties ?
Et vous, qu’en pensez-vous ? Cette décision vous paraît-elle justifiée ou, au contraire, constitue-t-elle une atteinte excessive aux libertés individuelles ?
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Pour Emmanuel Kant, la dignité est « le fait que la personne ne doit jamais être traitée seulement comme un moyen, mais toujours aussi comme une fin en soi ».
Sa définition de la dignité humaine.
Dans la même dynamique, il introduit la notion de singularité et de personne. Il articule une notion abstraite avec la réalité concrète et physique de la personne humaine. Ce faisant, on peut en toute logique conclure à une subordination de l’abstrait sur la réalité du corps.
Une conception aux fondement très catholiques.
On peut aussi y considérer un abord très moral. Kant est le philosophe de la morale par définition, il nous propose dès lors une définition très morale de la dignité.
De nos jours, les notions « protestantistes » du corps ont infusé dans nos sociétés pour remettre en perspective cette subordination du corps à l’abstrait.
Pour les protestants les hommes (et femmes) ont un devoir de morale les uns envers les autres, mais aussi des droits inhérents. L’articulation des rapports à autrui n'est plus l’adhésion au simple contrat moral, mais inclue aussi d’autres normes, tel que la contractualisation et le transactionnel.
S’y ajoute la conception originellement protestante de pouvoir jouir de son corps comme on le souhaite, ce dernier n’appartenant à personne et n’étant plus soumis au diktats moraux. Les rapports humains se fondant dès lors sur le contrat et la Loi.
En France la Loi prévaut sur le contrat, quand dans les pays de tradition anglo-saxonne, dans bien des cas, c’est le contrat qui se substitue à la primauté des Lois. Dans notre pays, notre appréciation de la Loi se mêle souvent à des dynamiques morales.
La morale d’avoir été bien souvent à l’origine de nombre de nos Lois. Je le concède bien volontiers.
Cependant, la fracture entre Loi et morale me semble de plus en plus évidente. Mais c’est un autre débat. Notre société d’essence catholique a évolué vers des standards protestants et il ne m’appartient pas d’en juger la pertinence.
Les notions de contrat et de transaction existent dans la forme du consentement. Hors, la décision du Conseil d’État ne tient pas compte du consentement entre citoyens égaux en droits. Elle bafoue de facto les notions de contrat et transaction et institue une primauté de la morale.
C’est une rupture des usages et la légitimation de la perte d’une partie de notre autonomie. Auto-nomos. Ses propres lois ou normes en grec ancien.
L’État replace la République au centre des relations entre les citoyens et institue une hiérarchie morale qui peut ressembler à une ascendance et une subordination.
L’État nie par sa décision le consentement, fissure les notions de contrat et transaction et attente aux libertés individuelles. Il piétine le concept de la liberté de pouvoir disposer de son corps comme on le souhaite.
Ce qui m’apparaît comme un dangereux précédent.
En réinstituant une telle hiérarchie, il ouvre la porte à une forme de servage et imprime au plus profond des consciences la primauté d’un tiers sur son propre corps.
L’État n’a pas à se préoccuper de la morale de ses citoyens et si jamais il s’arroge ce droit son autorité doit s’arrêter aux frontières de l’intime.
Il peut, s’il le souhaite dans un élan moraliste, faire injonction aux multinationales de payer leurs impôts en France, pour celles qui ont réalisé leur CA sur le territoire national. Ou arrêter de prélever l’impôt, comme un vulgaire proxénète, sur les travailleuses du sexe.
Je reprendrais la pensée de Nietzsche céans pour conclure : la morale peut aussi être un instrument de contrôle et d’oppression.
On ne peut, dans un légitime élan, arguer de la notion de consentement si chère aux féministes et la nier dans d’autres cas.
Conseil d'Etat: https://www.conseil-etat.fr/publications-colloques/discours-et-contributions/dignite-humaine-et-juge-administratif
Conseil Constitutionnel: https://www.conseil-constitutionnel.fr/la-constitution/la-dignite-de-la-personne-humaine
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