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L’article 225-5 du Code pénal définit que :
Le proxénétisme est le fait, par quiconque, de quelque manière que ce soit :
- D’aider, d’assister ou de protéger la prostitution d’autrui.
- De tirer profit de la prostitution d’autrui, d’en partager les produits ou de recevoir des subsides d’une personne se livrant habituellement à la prostitution.
-D’embaucher, d’entraîner ou de détourner une personne en vue de la prostitution ou d’exercer sur elle une pression pour qu’elle se prostitue ou continue à le faire ».
-Le simple fait de favoriser ou d’aider quelqu’un à se prostituer – sans en tirer de profitsdirects – constitue un délit de proxénétisme.


le proxénétisme est puni de sept ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende.

Mon histoire

Quelques bonnes feuilles

Les sanctions s'alourdissent en cas de proxénétisme aggravé :
- 10 ans de prison (avec période de sûreté) et 1 500 000 euros d’amende si la victime est un mineur, si c’est une personne vulnérable, s’il y a plusieurs victimes, si l’auteur porte une arme, etc.
- 15 ans de réclusion criminelle et 3 000 000 euros d’amende si la victime est un mineur de 15 ans.
- 20 ans de réclusion criminelle et 3 000 000 euros d’amende si le proxénétisme défini à l’article 255-7 est commis en bande organisée.
- La réclusion criminelle à perpétuité et 4 500 000 euros d’amende si le proxénétisme est commis en recourant à des actes de torture ou de barbarie.

PORTABLE

Ma première expérience

Je trouve le courage de me lancer. La première pensée qui me vient à l'esprit est aussi stupide qu'ingénue : « comment s'adresse-t-on à une escort-girl ? » Je ne sais pas. Je ne l'ai jamais su. Puis je me dis : « Fais simple ; ne porte pas la complication là où il n'y en a nul besoin. » Ce n'est qu'une prise de rendez-vous simple et basique avec son cortège de confirmations.

Dois-je rester dans le vouvoiement, quand bien même je suis supposé partager une profonde intimité avec cette personne, ou dois je apparaître plus naturel et décontracté en pratiquant un tutoiement propice à créer une complicité ? Dans le doute abstient toi : le vouvoiement s'impose. C'est évident. Une simple prise de rendez-vous, me répétais-je. Mes doigts parcourent le clavier de mon téléphone et je saisis un SMS contenant un texte poli et impersonnel. Je demande poliment à la rencontrer pour le lendemain, en fin de matinée.

 

Quelques instants plus tard je reçois une réponse affirmative brève et courtoise. La communication se crée sur la base d'un échange de données spatio-temporelles afin de fixer avec précision le rendez-vous.


L'échange me libère pour partie de la honte qui me gagnait. La banalité de la conversation et la civilité employée renforçaient mon opinion première : tout ceci n'est en rien sulfureux. Un agrément entre deux personnes consentantes vient de se finaliser et je n'y ai point ressenti de vice ou le malin. Je ne ressens aucune perversion. Tout me paraît serein, normal et tempéré.


Je suis soulagé.


Le lendemain, je me prépare pour mon premier « meeting » comme le veut l'expression consacrée des punters. Je ne change rien à mes habitudes d'hygiène toujours soumises à un haut standard d'exigence. Je doute. Je ne sais comment me vêtir pour cette occasion spécifique. C'est absurde et je ne le sais que trop. Soumis au sempiternel costume-cravate en configuration professionnelle, je goûte le port d'une tenue plus conventionnelle etconfortable lorsque je suis libéré de mes obligations
...

Justine VIP

Justine fut l’une des indépendantes les plus cotées et courues de la capitale. Elle est née à Piter dans une fin de siècle crépusculaire, sous ses longitudes. Piter s’appelait encore Leningrad. Ses racines se perdent dans l’immensité russe et l’abrasif du Caucase. Ce fut une fille aussi pétillante qu’espiègle. Tout autant ingénieuse que laborieuse. Elle s’abîma aux perfidies et artifices parisiens.

 

Elle traversa une jeunesse en insurrection et discorde. Justine rebondissait de fugues en pis aller. Dans une insurrection stérile et méritoire. À l’aune de cette nouvelle génération russe, elle ne pouvait résister aux attraits d’une Vie plus douce et prodigue. Un peu plus à l’Ouest de sa condition. Une rencontre fortuite lors de l’une de ses nombreuses échappées, lui fit le don involontaire de cette pierre de Rosette, qui allait à jamais changer son existence et éclairer sa lecture du monde et ses tracas.

 

Un prédateur, à la vue de son désarroi, lui proposa de passer la nuit en sa compagnie pour une poignée de dollars. Elle avait 16 ans et ce fut pour elle une révélation. La somme même modeste imprima sa conscience. Elle venait de comprendre et d’appréhender quelques des mornes réalités infuses des constructions humaines. Que les vices peuvent aussi être fructueux, quand on parvient à s’absoudre des tourments de la contrition et l’oukase des morales.

 

Elle venait de recevoir une somme pour laquelle son père devait travailler plusieurs jours pour tenter d’en gagner l’équivalent. Elle venait de tuer le père. Cette somme payée pour jouir de sa compagnie lui révélait sa propre valeur. Elle venait de prendre conscience qu’elle était enfin quelqu’un et cette gratification en était le manifeste. Elle entra en floraison, gagna en indépendance, comprenant qu’elle n’avait plus besoin de personne pour in fine n’exister que par elle-même. Pour elle-même. Avec l’orgueil et la fierté en tuteur de son épanouissement et ses ambitions.

 

Elle venait de se bâtir une vocation et caressait l’espoir d’une rente. L’opulence à portée des sens. Elle se mit à étudier, analyser et tenter de comprendre un marché qui lui était auparavant inconnu. Malsaines et insalubres, les sentes de la connaissance lui offrirent bien des difficultés. L’occulté lui fut difficile à pénétrer et déchiffrer. La prostitution est hasardeuse en Russie et les dangers y tissent le quotidien des catins. Le rapport coût/avantage est désarmant. Démotivant. Elle persévère. Envers et contre tous. Elle parcoure les forums et se délecte des expériences rapportées.

Elle n’a plus d’angoisse, elle est en appétit. Aventureuse et entreprenante. Elle a déjà préempté qu’il y existe un ailleurs. La possibilité d’une île. Le forum Russpuss lui offre une autre alternative. Elle contacte l’agence Sweet Pussycat qui lui prépare une tournée sur Paris. Elle se nommera Simone. Elle a désormais 19 ans et est prête à dévorer le monde et les hommes de sa gourmandise.

 

Ce n’est clairement pas la plus jolie du lot. Mais elle rayonne. Elle irradie de charme et de pétulance. De ce magnétisme rare et impromptu, elle fera un ascendant et une ressource en expansion. Sa partition diffère de celles de ses collègues. Ces dernières jouent l’indifférence et le mépris aux fins d’éveil du masculin chez les conquistadors en déshérence. Simone joue la partition de l’ingénue et du complice. S’y conjuguent ses appétits aux profondeurs insoupçonnées. Elle vient de dévier de courtisane en alchimiste et bien peu seront à mêmes de résister à ses maléfices.

...

Sous-vêtements sur le lit

Les "reviewers"

Une galerie de portraits commencent délicatement à s'esquisser. L'organigramme se tend et se complète. En ces temps pionniers les mêmes signatures viennent enjoliver le décor austère et rébarbatif d'Escortguide. Chaque jour le site publie les revues des patriciens postées la veille, proposant à la plèbe un feuilleton de chroniques au quotidien.

 

Le site devient une “bourse du cul” parisienne où les titres et les actions fluctuent en fonction des revues et des réputations... L'atmosphère y est légère et grivoise; les conflits épisodiques et périssables.

 

Les mêmes signatures s'y signalent régulièrement et à fréquence élevée. René, Benoitd, Patounet, Corto et Yotsah sont alors parmi les plus prolixes des punters rédacteurs.

 

René est un pédiatre septuagénaire à la sexualité chimique et compulsive. Sa profession lui permettant d'avoir accès à l'intégralité de la pharmacopée palliant les déficiences de l'érection. Ce dont il ne s’est jamais caché.

 

Ses revues ne sont au final que les épisodes prévisibles de son épopée érotique et la confession de ses angoisses de dominant putatif en déclin. Son style d'écriture est vif et acéré. Il est aussi plaisant à lire, qu'aisé à déchiffrer. Sa grivoiserie non feinte est réelle et distille une bonne humeur tout à la fois pataude et joyeuse. Ses gasconnades érotiques provoquent inlassablement des remous dont il se repaît avec délice.

 

Aux marges de son crépuscule érotique, il s'est poli un personnage extravagant de butineur surdoué, répartissant à discrétion les orgasmes chez les jeunes catins russes devenues l'espace d'un meeting les disciples consentantes de ses vanités. Le vieux lion usé et édenté refuse d'abandonner sa dominance et ses grotesques rugissement ont valeur d'avertissement aux jeunes reproducteurs imprudents et audacieux. Les femelles sont définitivement siennes et refuseront les ténèbres orgasmiques dans lesquelles les jeunes mâles inconscients et téméraires veulent irrémédiablement les plonger...

 

Ce Dom Juan de virtualité possède son Sganarelle en la personne de Yotsah, un clown blanc pédant et fastidieux. Dénué d'humour, déshérité de la joie, cette mésaventure puntérienne nommée Yotsah, n'a pas plus d'intérêt qu'un monument aux morts. On passe devant son lustre ostentatoire sans y prêter attention, dans un dédain poli et pincé, ne souhaitant en aucun cas que l'on nous rappelle des douleurs révolues.

 

Il émarge lui aussi à la caste des snobs arrogants, façonnant avec soin et application leur élogieuse autobiographie. Il poursuit avec assiduité René de sa haine torve et assommante, en revue et commentaires fielleux, sans que personne ne soit à même d'expliquer les raisons profondes de leur inimitié.

 

Parfois, au travers de sa pesante production, il nous fait de déconcertants aveux inconscients. Comme dans cette pathétique revue du 12 novembre 2008 où il nous fait l'éloge du fusil allemand Lebel millésime 1886. Curieux acte manqué d'un sophiste névrosé nous entretenant par métaphore de l'obsolescence de sa virilité... Une catharsis à valeur de psychanalyse. Que vient faire un fusil allemand anachronique dans une revue évaluant les prestations d'une prostituée?

 

Variations impromptues d'un punter déchant en pré-retraite de la libido.

 

Autant René est plaisant à lire, autant son Sganarelle inocule une irrésistible lassitude. Yotsah, voyage au bout de l'ennui.

Mur en béton

Ma sortie de prison

Le temps s’est dilaté et les minutes s’égrènent dans un crescendo étouffant. Je veux sortir de cet endroit. Échapper à cette disgrâce et oublier ce déni d’humanité. J’ai de plus en plus de difficultés à me canaliser : je ne supporte plus l’enfilade des cellules d’attente.

 

Je suis enfin extrait du bâtiment D2 et j’intègre une nouvelle cellule d’attente du Greffe de la maison d’arrêt. J’y ai vécu l’un des pires moment de ma Vie. Le souvenir de ce cauchemar est encore vivace dans ma mémoire et sa charge émotionnelle intacte. Je suis censé être libre, je hume enfin le parfum de la délivrance, j’entrevois les portes du pénitencier et je caresse l’émancipation, quand je suis toujours contraint dans une cellule.

 

C’est au-delà du supportable. Un supplice par delà le tolérable.

 

Je perds tout contrôle et j’enrage. Je ne parviens plus à me contrôler et pour la première fois je me laisse aller et vocalise mes douleurs et mon tourment. Un surveillant vient me faire la leçon et m’assaille de réprimandes sèches et martiales. Le supplice du temps ne m’épargne pas et passé le prévisible et l’innocuité des admonestations, j’implose de nouveau et ne me maîtrise plus. Je cogne les murs et les barreaux.

 

Je veux sortir, je dois sortir, n’avez vous pas lu sur vos papiers qu’on me laisse sortir ?

 

Je veux retrouver ma Vie d’avant, celle dont on m’a exclu avec brutalité. Sans préavis.

 

Je passerais un couple d’heures en torture dans ce purgatoire. En transit entre la délivrance et le souvenir d’une déchéance.

 

A l’aube d’une infirmité sociale.

 

Une fois passé les portes du pénitencier, je suis perdu. J’ai épuisé mes ressources et d’énergie, je suis dépourvu.

 

Je retrouve des réalités oubliés au cours de ce mois en occlusion. J’ai un parking ici, une route là et plus loin ce qui ressemble à un abribus. Je dois pouvoir trouver un plan de circulation des bus sur cet abri. J’ai du mal à le déchiffrer. Je ne parviens à rassembler mes esprits et faire preuve de lucidité. L’émotion continue de m’étreindre et de me posséder. Elle annihile ma conscience et mes capacités à raisonner.

 

Je finis par me retrouver dans un bus qui me conduira à une gare RER. Le paysage morne d’une banlieue, hésitant entre l’austère du rural et le rutilant suffisant de l’urbain, m’est indifférent. Je suis en tension. Je n’ai qu’un but. Rentrer chez moi, me doucher et raser cette barbe d’un mois qui durcit mes traits et virilise mes aspects.

 

Je fus délivré un de ces jours, devenus courant, pour lequel le personnel de la RATP ou de la SNCF, peu m’importe, a décidé de se mettre en grève. Mon niveau de stress et de tension est paroxystique. Le prochain train en partance pour paris est dans 7 mins. J’ai maintenant près de 400 secondes pour trouver un automate, acheter un billet, trouver le bon quai et m’engouffrer dans le train. Le deuxième automate que je trouve est lui aussi hors service. Le dernier disponible agglomère les clients. Il me reste trois minutes et quatre à cinq inopportuns entre moi, le billet de train et la délivrance.

 

Le prochain train est dans plus de deux heures…

Le dépôt

Nous entrons dans un soubassement lugubre et inquiétant. Un funeste prenant. Un sépulcral glaçant nous étreint. Mes consignataires semblent se rétracter. Leur bonhomie de soudain entrer en sourdine. Ils semblent eux aussi accablés par le sinistre des lieux.

 

Une pénombre de crypte y règne et le regard peine à embrasser l’espace et en délimiter les contours. L’humidité des lieux est pénétrante et glace les sangs. Il y fait froid et l’angoisse générée majore la sensation sibérienne qui étreint chaque de ses visiteurs.

 

Il y règne un bourdonnement permanent, haché de clameurs et suppliques. Insultes, lamentations et autres invocations viennent déchirer le climat pesant du lieu pour achever de le ponctuer en un requiem étouffant.

 

« Surveillant ! » « Ta mère, la pute ! » « Sale race de mort ! » « Ferme ta gueule négro »

« Je nique tes morts ! » « Attends tu vas voir, dès que je sors, je vais te défoncer ! » « La chatte à ta mère ! » « Va niquer ta mère ! »

 

Le bestiaire usuel des animalités et bravades des excommuniés de la République m’est familier.

 

J’ai grandi dans une banlieue parisienne aisée, indigent parmi les opulents, tout en me frottant aux rugosités des communautés de l’école publique. J’ai fréquenté le cérémonial obséquieux des établissements privés, déclamant le Notre Père à l’entame des journées pour alterner au gré des disgrâces avec le rude et fleuri du creuset publique.

 

Dans une alternance instructive et formatrice.

 

Les fanfaronnades et gasconnades viriles des insurgés de l’Éducation Nationale sont communes aux deux mamelles de l’école. La progéniture des nantis en école privée, se compose des postures de Bad Boys. Ils endosse la panoplie du voyou pour capter l’attention des filles et s’en offrir les faveurs. Quand dans l’environnement de l’école publique, c’est in fine l’expression d’une quête identitaire et le besoin de se prouver aux autres et à soi-même que l’on existe dans la suffocation des luttes de classe. Dans le déni de la consommation et ses plaisirs inaccessibles.

La frustration en propulsion, la testostérone en justification.

 

Le contexte du Dépôt d’ôter le distrayant des rodomontades et d’y ajouter son sombre vernis. Les composantes du spectacle qui m’accable se conjuguent et amplifient l’effroi. Impossible de ne pas être effrayé, face à ce spectacle, dont on comprend que l’on ne pourra y échapper.

 

Pour une fois, la peur m’étreint et disperse mes postures.

 

La brièveté s’immisce dans nos rapports. Nous sommes tous en lutte contre nos angoisses internes et tentons d’en dissimuler l’ampleur, par le dépouillement de nos échanges. Nous sommes devenus les acteurs muets et spectateurs hébétés d’un anachronisme. D’une chimère incarnée : un purgatoire macabre et suffocant en plein de cœur de Paris, à l’abri du lustre et de l’histoire suggérés par le Palais.

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