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Benoitd est un cas à part dans l'univers singulier des punters. Un simplet aussi touchant qu'attachant. En souffrance d'une destinée romanesque. Sa posture perpétuelle de victime impuissante est le canevas diffus de sa production épistolaire. Sa voix traînante et ses intonations efféminées ont le don d'éveiller en moi l'intolérance et le rejet.

 

Benoitd décline à l'envie son personnage romantique et se complaît de la malédiction de son addiction au sexe. Et relations tarifées. Elle est son bouclier et sa monnaie d'échange. L'évocation de son pseudonyme me fait résonner en écho les coups sourds du damné battant sa coulpe avec constance et chagrin. En quête d'empathie ou de reconnaissance.

 

Son développement affectif est ralenti, sa dimension émotionnelle atrophiée. Sa sexualité a empli l'espace laissé vacant.

 

Il suffit de lire quelques de ses revues pour se désespérer de son style naïf. Autant le style naïf a une légitimité en art pictural, autant en littérature on ne ressent que la sécheresse de l’âme et le retard de maturité.

 

Patounet est un boucanier de la relation sexuelle tarifée. Un personnage trouble et primaire, qui emplit l'accablante vacuité de sa retraite de ses aventures imprécises. Il évolue dans un rapport filial avec les filles de joie et se repaît du personnage gras et crispant qu'il construit patiemment au fil de ses saillies épistolaires.

 

Il évolue en permanence dans un marécage brumeux et n'est plus à même de cerner les rivages incertains qui le cernent. Il n'est plus tout à fait un punter, pas encore un proxénète et plus encore une balance.

 

Son style gras et gaulois, ponctué d'insultes diverses et avariées, est un supplice pour ses rares lecteurs. Il est prévisible et ennuyeux et en aucun cas divertissant. A plusieurs reprises il se fera bannir des lieux virtuels d'échange avec l'assentiment fier et orgueilleux du poilu goguenard, décoré par les chiffes molles et autres lavettes qu'il se plaît tant à outrager.

 

Si l'une des ses individualités se devait de la représenter, Corto serait sans nul doute l'incarnation de la majorité silencieuse. Il ne cotise pas à la farce puntérienne et nous livre des bribes de son expérience avec authenticité et distanciation.

 

L'escorting est un passe-temps dispendieux. Il n'est pas à même d’emplir une Vie aussi morne soit elle. Cette banale acception partagée par la majorité silencieuse, n'est plus qu'un lassant sermon poussiéreux pour les acteurs engagés dans cette tragi-comédie.

 

Quand ses camarades de JE rédigent en rut majeur des odes à leur magnificence, Corto reste efficace et pertinent. Son style est dépouillé et opérant. Lisse et jovial. Il ne présente aucune aspérité sur laquelle la haine et l'acrimonie ne puisse se greffer et développer poison...

 

J'évolue avec précaution dans les coulisses de ce théâtre virtuel, tentant d'en apprivoiser les rites. D'en assimiler règles et usages. Je suis prudent. Je reste méfiant. Je n'ai aucun guide pour m'éclairer le chemin et me révéler les pièges dissimulés ça où là.

 

L'instruction m'est une nécessité, la fascination une circonstance.

 

(…)

 

Jean-Marc attira mon attention sur Franklin. Une signature redondante du Guide. Sa production littéraire est intense, brouillonne et par trop souvent indigeste. Son usage de la ponctuation est aussi irritant qu'un implicite aveu de ses tourments intestins.

 

Franklin est une dérive aux confins de l'humanité. Une indigeste tautologie des afflictions masculines.


Il est à la fois compulsif de la relation tarifée et nostalgique des mondes d’antan. Sa consommation d'escorts est frénétique, ses parutions ardentes et effrénées. Tous ses récits expectorent un masochisme sourcé dans sa poisseuse culpabilité. Sa pensée est intermittente, hachée de ses imprécisions émotionnelles, confuse de son incapacité à maîtriser ses passions.


Les zébrures et inconsistances de son discours offrent des espaces d'expression à ses angoisses. Il peine à verbaliser ses supplices et sa sexualité de combler les vides. Elle étouffe ses douleurs et exprime en geste ce qu'il peine à appréhender. Pour tenter de prendre conscience de lui-même. Par lui-même. Elle colmate les interstices, comble les failles et lisse les aspérités. Elle lui permet d'accepter sa destinée de carencé et la répétition des disettes. Son sédatif, son châtiment et son identité.

 

Franklin est un nécessiteux cognitif évoluant à grammaire restreinte et humanité contrariée.

 

Il vivait naguère en Provence d'une vie plate et prévisible. La fréquentation de prostituées, illumina sa morne existence de courtes et intense parenthèses. Le sortilège fut trop puissant et il entra en servitude. Sa raison courte et étouffée ne put l'empêcher de commettre l'irréparable et il fut traduit en justice pour avoir eu des relations tarifées avec une mineure.

 

Dès lors, sa Vie de basculer en soubresauts hasardeux. De pénitence en coupables errements, il ne pouvait décrocher et entrait à son corps défendant dans le cercle des enfers.

 

Il étouffait ses contritions de pénitent dans le fugace d'un crescendo de rencontres tarifées. Propulseur et carburant de sa culpabilité. La boucle est verrouillée. La sentence prononcée, sa femme le quitta et il dut partir en exil en région parisienne, aux lisières de la lucidité et des tentations.

 

L'offre prostitutionnelle parisienne de le confiner dans ses vocations et sa fatalité.

 

Il se rapproche et négocie avec l'agence Sweet Pussycat. Commercial de formation il maîtrise les essentiels de la négociation basique. Il fut le premier à obtenir des faveurs sans précédent. Une convention au pied levé. Alice, la bookeuse, lui propose de rencontrer les filles au début de leur tour pour un 30 minutes gratis en échange d'une revue promotionnelle sur le Guide. Rédigée et postée dans l'instant. La jeune femme ne recevant aucune rémunération pour cette courte rencontre, mais conserve l'intégrité des gains de la rencontre suivante, sans verser de commission à l'agence.

 

Au final, elle est donc rémunérée à crédit pour cette rencontre qui est offerte à Franklin sur les commissions de l'agence uniquement.

 

La revue se doit d'être crédible, circonstanciée et éluder tous points éventuellement négatifs. La notation du physique et de la prestation doit être au maximum. Franklin reconditionne le publi-reportage en Escortie pour in fine s'offrir sa dose sans bourse délier.

 

Il restera à jamais celui qui créa et institua le « faking », même si je resterai à jamais celui qui le structura et le fit passer d'un discret aménagement d'alcôve, à une habilité devenue au fil du temps une ingéniosité.

 

Franklin a fait de l'imposture un genre majeur.

 

Il ne s'appartient plus et n'est plus qu'un funambule en représentation entre le choir et l'élévation.

 

Il est possédé. Aux lisières de la raison et de l'entendement. Il consomme sur un staccato hypnotique. Son personnage/pseudonyme emplit l'espace de ses carences premières. Comble les interstices et complète ses personnalités. Il avance pantelant et erratique, éblouit par sa destinée icarienne. Il impose à ses pairs sa dîme, vassalise les désirs de ses contemporains et infléchit les courbes de l'Escortie jusqu'à en tracer lui-même les contours. Modifier les usages et édicter ses règles.

 

De flibustier poisseux et ombrageux, il devint le régent des références.

 

De l'habilité de l'alchimiste, il usa de tous les sortilèges pour faire d'un destin de pénurie une vocation de notable de virtualité.

 

Les revues de Franklin intriguent. Elles agrègent les doutes et insufflent la suspicion. Toujours la même agence et cette ennuyeuse redondance de superlatifs. Son style aride sur-alimenté par une ponctuation frénétique propose de prime abord une naïveté touchante pour s'empoisser du doute et de la défiance au déroulé de ses aventures érotiques. Toujours le même enthousiasme, le même transport. Toutes ses expériences se rassemblent dans une similarité confondante.

 

La conjonction interroge, le lisse abrase les bienveillances et ranime les perplexités.

 

Franklin ne se projette pas. Il ne tente pas d'appréhender sa clientèle, ses doutes et aspirations. Quelques de ses lecteurs commencent à l'interpeller en forum et il n'offre en réponse qu'une farouche dénégation. Il est démuni. Carencé en courage et insuffisant en imagination, il peine à interpréter l’opprobre. La brièveté de ses stratégies de se heurter à la puissance de la vindicte populaire.

 

Il n'a pas de plan de secours ou d'itinéraire Bis

 

Il ne pense pas à se créer d'autres comptes et à saupoudrer sa production sur différentes identités. Il s'y refuse, prisonnier de scrupules inadéquats et de ses pénuries de stratégie.

 

L’aridité de son style, ses carences en charisme le condamne. Indubitablement. D'aucuns s'interrogent aussi sur la véracité de ses récits, sa plume emphatique. Et le rut majeur qui l'anime. Quelques de leurs rencontres ne coïncident nullement avec les expériences rapportées par Franklin. Par delà les circonvolutions du subjectif, les éléments enchanteurs rapportés furent absents du festin suggéré.

 

La grogne prend de l'ampleur en forum et le Guide de proposer lui aussi son lieu d'échanges virtuels. Franklin n'appréhende pas la jacquerie de sourdre. Son addiction a rétracté son altérité et obscurcit son jugement. Il s'arc-boute, se tend. Il refuse la vindicte populaire jusqu'à agglomérer rancœurs et rejet. Il n'est plus défendable et continue seul contre tous dans une insurrection qu'il souhaiterait méritoire.

 

Lassée, Alice la bookeuse de le mettre au frigo, mais son retard à le faire compromettra son agence et sa réputation à jamais ternie. Quand l’étirement du temps transmute l'entêtement et la fierté en suicide. Les punters se détournent de ce qu'ils identifient comme une escroquerie. En parallèle, d'autres officines se montent. Plus novatrices, plus réactives. Sweet Pussycat de disparaître et la nature de Franklin de se révéler.

 

Franklin est un virus. La nature d’un virus est d’infecter un organisme, de s’y multiplier puis de le piller. Une fois l’organisme hôte « terminé » le virus s’éteint, mort et occis de lui-même par la nature même de son programme premier.

 

Jean-Marc et Franklin se rencontrèrent et échangèrent. Jean-Marc réussit à faire avouer Franklin et me le fit rencontrer

 

Franklin à l'aune de ses personnalités tourmentées accuse un vieillissement en avance sur son Etat-Civil. Un physique sec et noueux, tout en nervosité frénétique. Le cheveu rare et le visage tracé en profondeur de rides et sillons. Il accuse les stigmates de la Vie et son cortège de douleurs. Le physique gâté d'un réprouvé Le bistre de sa complexion est grisé par son intense tabagisme.

 

Il parle, comme il écrit. Heurté et saccadé, le nerveux et l'émotion en trait d'union. Il n'écoute pas. Il pérore avec surexcitation. Il n'a ni la quiétude, ni la modération pour pratiquer l'écoute. Il pratique un personnage caricatural de poulbot récipiendaire du bon sens populaire. Tissé à la rude sur le métier de l'expérience.

 

Son jeu n'a ni finesse, ni consistance et reste carencé en éloquence et persuasion.

 

Il ne m'inspire aucune confiance et me lasse dans l'instant. La réciproque s'installe, mais je n'en ai cure. Je ne suis pas là pour séduire, mais pour apprendre et apporter plus de matière à l'instruction du dossier qui m'occupe céans. Tant qu'il ne cherche pas à me contrarier, je ne lui nuirai pas. Ce que j'apprends de lui fera de moi son obligé. Lorsque je deviendrais moi-même son égal puis une réplique plus efficace et aboutie que l'ébauche première, il franchira les limites de la tacite concorde.

 

L'arme atomique fût crée pour n'avoir à ne jamais être utilisée. Et in fine conduire les parties en présence au dialogue. Franklin personnalité cognitive en demande n'a pas su l'interpréter. Il a appuyé sur le bouton. La guerre fit rage sur les forums. Les dénonciations ont fait implosé ce microsome dans une série de déflagrations ininterrompues. Liant la destinée des boucaniers de l'Escortie dans une damnation à valeur d'épitaphe.

 

Franklin fut balayé par la répétitions des conflits et des révélations dont il fut lui-même à l'origine. Son personnage virtuel n'existait que par la représentation qu'en avait ses pairs. L'infamie est devenue sienne. L’opprobre son quotidien et le déshonneur sa destinée.

 

Franklin n'a su s'éviter la turpitude du cénotaphe.

 

Ne subsiste de lui de nos jours qu'une sourde rumeur sans consistance aucune. Les anciens peinent à se rappeler son nom et a y attribuer une œuvre, les nouveaux méconnaissent sa destinée. Il est passé à la trappe du temps, oblitéré par l'obsolescence accélérée du Net.

 

Franklin est un virus. Il s'est suicidé sans même s'en rendre compte. Il restera pour quelques rares initiés et historiens pointilleux le seul vrai pionnier du faking dans sa version récréative.

 

Une rente infamante sans relief ou éclat.

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