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De sortilèges en enchantements, elle devient incontournable. La demande explose et Simone entre en déflagration. Sur une bonne journée, elle parvient à dépasser la barre des 2500€ brut. Elle tutoie l’extase et le jardin d’Éden lui ouvre ses portes. Plutos de lui concéder la corne d’abondance. Elle est émerveillée. En deux heures de temps elle reçoit l’équivalent du salaire mensuel de son père.

 

Néanmoins, elle reste studieuse et appliquée. Curieuse et émerveillée, elle visite Paris dans tous ses recoins sans jamais oublier d’être disponible. La plupart de ses collègues impose leur cadence et mutent de tournées rentables en vacances auto-financées. Elles ne peuvent résister aux plaisirs qui s’offrent à elles. Aux temps liminaires de sa carrière, Simone observe et analyse. Elle a un but. Une mission. Elle consent aux plaisirs parisiens, si ces derniers n’imputent pas la rentabilité de son tour.

 

Sa tournée achevée, elle rentre chez elles avec un capital dodu et rebondi. Elle vient de trouver sa voie. Celle qui deviendrait sa voix. Elle tranche et d’orgueil en aplomb elle coupe les relations avec son père et réduit a minima sa connexion à sa mère. Elle s’émancipe du servage et brise la sentence d’une destinée de souillon. Avec fracas, elle s’échappe de la dystopie post-soviétique.

 

Elle prépare une nouvelle tournée et sera cette fois indépendante. Elle choisit de se nommer Justine. Elle y ajoutera l’ineptie d’un suffixe VIP en héraldique de sa nouvelle stature et ses aspirations. Le succès est fulgurant. C’est une autre déflagration. Et le début de sa déchéance.

 

À l’entame de ses premières tournées, elle sera d’une application et d’un consciencieux rare dans sa profession. Elle note tout et archive les détails. Elle se crée un classeur Excell dans lequel elle répertorie l’âge du client, sa profession s’il l’a indiqué, le nombre de ses rencontres, les éventuels services et préférences admises… Elle y ajoute une note personnelle relative à la difficulté générée par ce client. S’il est exigeant, renfrogné, volubile, etc.

 

Ce faisant elle personnifie son service et l’adapte à son interlocuteur. Elle s’extrait de la standardisation quand bien même le rythme de ses rencontres est frénétique. Elle a appréhendé avant toutes la personnalisation du service. Elle a cette intelligence instinctive et sociale du commerçant. C’est une hyper attentive qui s’adapte et varie à l’aune des réactions de son interlocuteur. Elle perçoit et ressent plus qu’elle ne comprend. D’instinct elle parvient à proposer ce que ses mécènes recherchent et désirent.

 

Puis imperceptiblement, elle commence à perdre pied. La farandole des chiffres l’exalte. Le monde des possibles s’ouvre et elle s’enivre des additions qui deviennent des multiples pour tutoyer l’exponentiel. Elle perd le sens et la valeur de l’argent. Elle peut presque tout s’offrir. Sa conscience s’étiole et le laborieux s’éteint. La vanité s’immisce et réclame son dû. Elle cède aux artifices du luxe et son superficiel. Elle ne compte plus ses dépenses, elle n’en a plus besoin. Elle gère une rente et le filon semble inépuisable. Insensiblement, elle perd pied.

 

Elle s’égare dans le chimique et les artifices. Sa consommation de cocaïne passe du récréatif à l’accoutumé. La drogue n’est pas le mal qui l’accable, il en est le symptôme. Elle dilapide son application et son crédit. Ses sautes d’humeur et son abord devenu péremptoire accumulent les démissions. Elle infuse d’orgueil et de vanité. Elle se sent incomprise et ces clients ne sont que des triple sots. Il faudrait les éveiller aux splendeurs et à l’émerveillement que seule Justine VIP est à même de proposer.

 

Sa carrière s’étiole, ses gains se racornissent. Elle s’ennuie et commence à se désespérer. Elle surfe sur les réseaux sociaux et constate avec dépit la trame panégyrique des profils de ses anciennes connaissances au pays. Des dazibaos hagiographiques où l’on se doit de s’afficher heureuse et accomplie, dans un conformisme prévisible et ennuyeux. Ses anciennes copines de classe exposent leur premier enfant et suggèrent bonheur et félicité. Tout en omettant l’abrupt en toute conscience. Tout en occultant le rêche d’une destinée de jeune parent désargenté en Russie.

 

Justine est conquise et s’absout du nécessaire travail de remise en perspective de ses destinées enluminées de rose et d’althainein. Les réseaux sociaux sont toujours à même de proposer ce que l’on cherche. Il y a là ramassé céans plus de matière que nécessaire pour entretenir la Foi. Ou l’espoir. L’une des trames premières des réseaux sociaux tisse une trame de compétition mimétique. De celle qui se base sur l’envie ou suscite la jalousie. Son monde et ses rêves se délitent quand ses semblables semblent se perdre en félicité, engagées sur d’autres sentes que les siennes.

 

La revanche du bienséant, la rémunération du convenable.

 

Inlassablement, elle se met en quête de l’âme sœur. Elle n’a d’attirance que pour les mauvais garçons. Les arsouilles sont sa quête et reste l’unique objet de son désir. Elle rencontre par collègues interposées, un margoulin. Un russe passé par la Légion Étrangère avec pour seul décoration, ou médaille, une carte de séjour. Justine s’imagine tomber amoureuse. Elle n’a pas encore le bagage nécessaire pour appréhender que l’amour n’est que projection de soi-même sur autrui. Le souhaite-t-elle réellement ?

 

Elle a par déjà courbé l’espace et le temps et les Parques sont à sa disposition, lui ayant prêté allégeance.

 

Elle arrête officiellement sa carrière, quand dans la pénombre de l’alcôve, elle s’abandonne au subreptice de rencontre tarifées occultées. Voilà bien longtemps qu’elle n’a plus d’appétence pour la luxure. Son entame de carrière furieuse l’a usé. Sa libido est amorphe. En suspension. Elle ne peut simplement plus se passer de la gratification. Recevoir de l’argent pour ce qu’elle est et prodigue est devenu son Graal et sa damnation.

 

Elle vient d’abdiquer Bacchus pour Hubris.

 

Elle se marie dans le secret espoir de pouvoir un jour recevoir un passeport français. Elle mets un monde un garçon qu’elle nommera Philippe. Elle est convaincu de doubler ses chances de muter de russe à française. Quoiqu’il arrive, elle obtiendra contre vents et marées ce passeport français. C’est irréversible et nul ne peut se dérober à sa volonté. À revers d’un destinée jusqu’ici inféconde, elle obtiendra finalement un titre de séjour français.

 

Un pis aller, dans l’attente de l’inéluctable de son triomphe. Elle se délivrera dès lors, du passé et des vicissitudes de la russitude.

 

Elle continuera de proposer à quelques de ses plus fidèles quelques rencontres tarifées dans le secret de l’alcôve. Quand bien même elle soit enceinte. Gravide, elle ne peut se résoudre à quitter la prostitution et ses gratifications. Elle ne se met plus d’entraves. Les Forces de Vie s’expriment pleinement chez elle. Pourquoi et en quel nom les réprimer ? Elle perd pied avec la réalité et ses semblables.

 

Son niveau de Vie vient de basculer d’opulence à nécessiteuse. Son mari peine de ses combines hasardeuses à la combler et assurer le quotidien de la famille.

 

Justine franchit une nouvelle étape. Elle recrute des filles et devient opératrice. Elle chapeaute quelques filles et devient une collègue et compétitrice. Elle ira jusqu’à recruter quelques de mes partenaires. Subrepticement. Sans m’en informer. Sans scrupules. Je ne l’apprendrais qu’a posteriori dans la douleur et l’indignation.

 

Je n’ai pas ses arguments. Elle parle le russe et accepte quelques compromissions que je refuse obstinément. Elle accepte d’orner les profils qu’elle crée pour ses filles, des photos de leur choix. Ce que je me suis toujours refusé de faire, dans un souci de rentabilité. Nous faisons négoce, nous ne sommes pas au service de l’ego.

 

Mais elle est par trop cupide et ne filtre pas les demandes. Elle accepte tout et n’importe quoi et réfute la frugalité. Elle ne filtre pas les clients et s’entêtent de rentabilité. Elle ne se préoccupe pas de mettre ses filles en danger. Elle accepte les demi-heures et déclasse ses filles. Elle raisonne sur un tempo bref et court et peine à se projeter sur le moyen terme. La rentabilité se construit sur des temporalités longues et incompressibles et Justine continue de l’ignorer. Elle est en état d’avidité.

 

Une des ses filles la quittera pour revenir collaborer avec moi. Si je reste inflexible sur quelques thématiques, mes filles gardent la main sur leur rythme de travail et leur choix de client. Sans que j’ai mon mot à dire. Leur sécurité est aussi mieux garantie. Tant que je préfère perdre une commission sur une rencontre que de mettre ma partenaire en danger.

 

Justine en prendra ombrage et me poursuivra de sa haine torve. Dans la ténacité de sa rancune sur des mois.

 

Entre temps, elle aura eu une révélation. C’est quand on est privé des choses que l’on appréciait si légèrement naguère, que l’on se rend compte à quel point elles nous importent dorénavant. Elle ne supportent plus les chaînes du mariage. Elle n’a plus le désir des hommes pour venir nourrir le brasier de ses vanités. Elle n’a de cesse de ployer sous les chaînes du mariage et le cadencé lent et hypnotique d’un quotidien de ménagère morne et appliquée.

 

Elle appréhende que ces choix furent un renoncement. Elle a résilié son autonomie et éteint le feu qui l’animait, pour la falsification du mariage. Elle comprend que ses rêves d’hymen et d’épousailles n’étaient pas les siens, mais qu’on lui a imposé. Avec son consentement éclairé. Que ce greffon la mutile et l’empêche. Qu’il réfute sa nature première. Elle appréhende qu’elle a encore une âme d’aventurière et des composantes d’amazone.

 

Elle décide de rompre et de reprendre le cours d’une carrière évanouie. Son ex-mari s’occupera dorénavant de leur progéniture, car son destin l’appelle. Elle n’avait jamais fermé ses comptes sur les portails dédiés. Ils n’étaient jusqu’à lors qu’en sommeil. Elle les réactive et conserve le même pseudonyme. Son irruption impromptue est une déflagration. La cohorte de ses prétendants et autres mécènes, se précipitent à sa couche et l’étouffent de confessions en dévotion.

 

Elle récupère son rang et ses délices.

 

Mais elle ne peut plus s’épanouir comme naguère. Elle a changé. A son insu. Elle s’est acidifiée. L’ingénu des débuts a muté en caustique et acrimonieux. Elle n’a plus cette soif de connaissances, cette avidité d’apprendre qui mêlait candeur et bienveillance. Elle connaît dorénavant la réalité des hommes et le rêche de la Vie en couple. Elle a vécu la dystopie commune et elle ne souhaite plus jamais être replongée dans le Creusot des étroitesses du couple.

 

L’homme était sa ressource, il est maintenant sa damnation. Elle ne peut pardonner ce qui lui est arrivé. Elle externalise les responsabilités. La faute ne peut être sienne et la culpabilité lui est étrangère. C’est la faute à son ex-mari et le méfait des hommes. Cet insensé lui a fait perdre la raison et assombrir sa destinée. De séduction en misandrie.

 

Elle a perdu de ce charme et ce magnétisme qui la rendait si unique.

 

Insidieusement, la magie n’opère plus. Le sortilège est brisé. Les courbes de vente s’affaissent. Les lignes se croisent et les rendements s’anémient. Le morose diffuse son poison. Elle n’est plus en capacité de retourner au tableau noir et de remettre en perspective la faillite et la déconvenue. Elle s’est embastillé dans une forteresse de vanité. Narcisse régente désormais son royaume et ses dépendances. Dans la distance de l’analyse et l’indifférence de l’objectif. Elle renonce aux vertus de l’enseignement par l’échec. C’est encore et toujours la faute des autres.

 

Elle se perd en dénonciation sur les forums dédiés. Toujours sous le couvert de pseudonymes et sans jamais assumer de responsabilités. Elle épand tous types de rumeurs et calomnies sur ses concurrentes auprès de ses rares fidèles et dévoués. Elle s’attaque à mes contractantes, prétendant que je me cache dans les placards pour espionner les butineurs à leur insu durant leurs rencontres. Que je les photographie à la dérobée et que je me confectionne des archives dans l’unique but de les faire chanter. Qu’une autre de mes filles est séropositive, tissant sa calomnie sur l’aspect mince et éthéré de mon associée.

 

Indirectement et par des voies détournées, je lui demandai en toute amitié de briser là. Que je ne me préoccupais point de sa carrière et que je eus été fort aise si cette dernière pouvait tendre vers le fructueux. Une russe ne cède pas à la pacification. Elle domine et régente ou abandonne les lieux dans le mépris et l’oubli. La relation pacifiée est un renoncement. Une soumission. Elle persévéra dans ses ignominies et je n’eus d’autres choix que de m‘en débarrasser.

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