Libérons nous du "On vous croit" et passons au "On vous écoute"
Dernière mise à jour : 29 sept.
Libérons nous du "On vous croit" et passons au "On vous écoute"
Cet article de blog me traînait dans la tête depuis un petit moment déjà…
Préoccupé des polémiques et croisades toujours promptes à être portées sur le canevas enflammé des rézosocios, je reculais le moment de sa rédaction. Puis enfin arrivé à saturation, je ne pouvais plus me contenter d’une salutaire auto-censure.
C’est Caroline Fourest, dont je ne vais pas rappeler le pedigree céans, qui attira mon attention sur Figaro TV, lorsqu'elle développa sa pensée sur le thème du : il faut arrêter avec le « on vous croit » pour le remplacer pas « on vous écoute ».

Plusieurs thématiques d’animer mon esprit en perpétuelle ébullition
- Qu’est ce que l’innocence, qui la prononce et la valide ?
- Quel l’intérêt de la présomption d’innocence ?
- Pourquoi une telle déconnexion entre la justice et le tribunal médiatique ?
- Peut on se remettre d’une accusation de violence sexuelle lorsque l’on a été blanchi par la Justice ?
Cas pratique Benjamin Mendy/Ary Abittan
Prenons le cas du footballeur Benjamin Mendy. Il fut inculpé de multiples viols et agressions sexuelles au Royaume-Uni, sur la période 2018-2021. Lors de son premier procès, il fut libéré des charges portant contre lui.
Au Royaume-Uni, le jury populaire doit délivrer une décision unanime, ce qu’il n’a pas réussi à proposer. Benjamin Mendy est donc sorti libre de son procès.
En appel, la cour de magistrats professionnels est allé plus loin et a statué son innocence des charges qui pèsent contre lui. Un acquittement total, comme le veut la formule outre-Manche.
Le droit a tranché.
Pour Ary Abittan on notera quelques similitudes, même si la procédure française diffère dans ses rythmes et usages. Le juge d’instruction a clôturé le dossier d’instruction par une ordonnance de non-lieu. Cette ordonnance a fait l’objet d’un appel auprès de la chambre de l’Instruction.
Pour les avoir pratiqué à plusieurs reprises, ce sont des magistrats à la rectitude d’airain qui pratiquent au quotidien une justice austère et cinglante.
Les décisions vont rarement dans le sens des mis en examen. Je préfère m’autocensurer pour continuer à rester distant et con-vivial à ce sujet.
Quand bien même, la chambre de l’Instruction a confirmé l’ordonnance de non-lieu.

Techniquement Ary Abittan n’est certes pas blanchi, mais la Justice a statué : il n’y a pas suffisamment d’éléments graves et concordants pour la tenue d’un procès devant une cour criminelle.
Rappelons que la Justice peut condamner sans preuves au cumul d’indices graves et concordants et parfois sur simple conviction de culpabilité.
Si dans le cas Ary Abittan, la Justice n’a pas pris le risque d’un procès, on peut s’autoriser à croire qu’il y avait peu d’éléments probants à disposition.
En quoi la présomption d’innocence est aussi essentielle que nécessaire.
Ces deux célébrités ont été condamnées par le tribunal médiatique qui n’applique pas les mêmes principes que le droit. La Justice les reconnaît innocent ou non coupable faute de preuve, mais les vociférantes des rézosocios refusent la réalité de décisions juridiques abouties.
Une partie de ce hiatus provient de l’expression imposée par les vociférantes : « on vous croit »
Ce mantra institue une profonde dissonance des paroles, victime putative et mis en examen et institue de facto une hiérarchie des véracités. Elle crée une hiérarchie artificielle de l’authenticité des récits, pour instituer une légitimité des droits de la victime ne pouvant qu’annuler légitimement ceux de la défense.
Elle instille en filigrane l’image du faible et l’opprimé qui n’hésite plus à interpeller son oppresseur et suzerain. Avec une mise en abyme, plusieurs images clichés se superposant les uns aux autres pour densifier un imaginaire d’Épinal.
La femme, faible et victime perpétuel de l’homme et ses systèmes d’oppression (patriarcat, phallocratie, machisme...)
Vient s’y mêler un désir de revanche que d’aucuns s’imaginent être un désir de Justice, avec cette pointe de misandrie qui ne peut in fine que dévaloriser le propos premier.

La synecdoque de la nature agressive et dominatrice des hommes.
En réalité, tous les hommes ne sont pas des oppresseurs ou des bourreaux. Ou des agresseurs sexuels par nature.
Les mâles bêta et oméga, de seconde zone, sont eux-mêmes opprimés par une classe dominante essentiellement constitués d’hommes alpha. Ils ne sont que des entités productrices d’une société pyramidale, comme les ouvrières le sont d’une ruche.
Les bêta et oméga sont exclus de la plupart des plaisirs. Y compris pour la sexualité, la majorité des demandes sexuelles des femmes se portant sur une minorité d’alpha qui peuvent dès lors, ivre de leur propre Narcisse et ego, se conduire en oppresseur et déshumaniser les femmes au point d’en faire des objets sexuels.
La conjonction des images et prénotions fait surgir émotions et sentiments à l’exclusion de la raison.
On entre dès lors en binaire et monochrome.
On ne réfléchit plus, ne soupèse plus, ne se projette plus. On régresse en arbitraire. Dans le même élan, on refuse de reconnaître que l’on s’est fourvoyé ou de reconnaître qu’il y une possibilité que l’on se trompe.
La nécessité du factuel, par-delà le récit, renforce l'importance de la présomption d‘innocence.
La Justice doit s’absoudre de ces écueils et faire abstraction de toute émotion pour ne conserver la rationalité comme seule dynamique et c’est pour cette raison qu’elle a institué des principes juridiques qui se doivent d’être aussi invariants que nécessaire et le premier d’entre eux est encore le principe de présomption d’innocence.
La Vérité ne devrait jamais se déduire d’un récit, mais du factuel seulement.
L’émotion ne peut pas être un verdict et la justice doit opposer la raison à la passion.
Sans présomption d’innocence, la justice devient un théâtre moral, pas un système rationnel.
D’un point de vue philosophique, la présomption d’innocence repose sur une thématique puissante qui nous rappelle que l’homme est un être libre et responsable, tant que le contraire n’est pas démontré. C’est ce qui nous permet de faire nation, de vivre côte à côte et non face à face. La présomption d’innocence devrait empêcher le groupe de se laisser gagner par la rumeur, la vengeance, la stigmatisation et les procès d’intention.

Imaginez une société sans concept de présomption d’innocence !
La confiance collective s’effondrerait, une suspicion permanente de tisser les rapports humains. Les relations professionnelles et sociales se compliqueraient jusqu’à devenir impossibles. La présomption d’innocence stabilise les relations sociales.
Néanmoins, la confiance n’exclut pas le contrôle et nous avons suffisamment de moyens à disposition pour se faire.
La présomption d’innocence induit la nécessité du débat contradictoire.
Le mantra du « on vous croit » va à l’encontre même du principe du débat contradictoire, là encore nécessité de notre droit. Le « on vous croit » dévalue la parole du mis en cause, quand le débat contradictoire lui redonne sa place. On s’exonère des émotions et préjugés pour coller aux faits. On écoute le récit mais on exige aussi du factuel.
Dans le débat contradictoire la première parole revient toujours à l’accusation et il revient à la défense d’exprimer ses arguments en retour.
Le système probatoire français est, à mon sens consubstantiel de la présomption d’innocence en préambule.
N’oublions jamais qu’un jugement se fait au nom du peuple français et que le procureur et ses substituts représente l’État français. Et c’est pour cette raison que la charge de la preuve incombe à l’accusation, jamais à l’accusé.
C’est un principe de civilisation : l’État, qui représente les victimes par le Procureur et ses services a l'obligation de prouver l'infraction. L’individu n’a pas à se justifier.
C’est un puissant principe de précaution qui redonne du pouvoir à l’individu face à l’État, en équilibrant la relation entre le fort et le faible pour nous absoudre du diktat.
Il faut aussi se rappeler que la présomption d’innocence a une fonction protectrice. Celle d’éviter les dommages irréversibles. Une accusation peut détruire une réputation, une carrière, une famille, une santé mentale. La présomption d’innocence est un pare-feu contre ces dommages avant jugement.
A ceux qui n’ont pas connu l’enfer de la garde à vue et de la détention provisoire, on ne sort indemne ni de l’une, ni de l’autre.
Le poids des biais cognitifs et l'illusion du libre arbitre.
Nous imaginons parfois libre et indépendant dans nos décisions et conclusions quand in fine nous sommes souvent l’objet de biais cognitifs puissants.

L’être humain est câblé pour croire les récits émotionnels, se méfier de l’étranger, généraliser à partir d’un cas et parfois confondre accusation et vérité. La présomption d’innocence est un dispositif anti‑biais nécessaire.
“Tu peux ressentir ce que tu veux, mais la justice ne suivra pas ton instinct.”
Je ferais prochainement un article sur les biais cognitifs, ou la paresse de la raison et la préservation de l’ego. Un biais cognitif courant est encore l’application de stéréotype ou syllogisme. Sans présomption d’innocence, un individu pourrait être condamné par simple correspondance avec un préjugé :
- “il est pauvre, donc il vole”
- “il est célèbre, donc il abuse de son pouvoir”
- "il est noir, donc hyper sexuel "
Pour le syllogisme, c’est une valse à trois temps qui accouche d’un truisme putatif.
- « c’est une femme donc, elle est en position de faiblesse et soumission, c’est donc qu’il doit être coupable et qu’elle est forcément victime »
La contradiction des temporalités.
La durée de Vie d’un tweet est de 4 heures.
Les rézosocios et le monde numérique fonctionnent sur une temporalité frénétique. Un trend chasse l’autre et pour exister dans ce maelstrom perpétuel, il faut être percutant. Cinglant. Les rézosocios restent la trame de l’émotion et du fugace.
Les émotions les plus rémunératrices en rézosocios restent l’outrage, l’indignation et la victimisation. L’outrage et l’indignation suscite colère, foudre et surexcitation, quand la victimisation génère de l’empathie et du clic.
On est tous la victime de quelque chose et quelqu’un et l’on peut tous se reconnaître dans la victimisation d’autrui.
Aucune place pour la raison ou l’émotion.
Les algorithmes vous ignorent et les likes sont aux abonnés absents. La raison emploie distance et tempérance. Rien de compatible avec les rézosocios. Démonstrations et raisonnements déroulent une temporalité lente. Ils ne peuvent être contraints dans 280 caractères et dépassent les frontières des 30 secondes d’attention.
Ils déroulent un cortège de mots et de concepts sans compatibilité aucune avec une vidéo qui doit pulser.

La temporalité de la Justice est lente et elle entre en contradiction avec celle des rézosocios.
Elle respecte ses principes premiers. Mais elle n’est en aucun cas indulgente ou accommodante, que l’on ne s’y trompe pas. Elle est lente, mais sévère.
Elle propose aussi le double niveau de juridiction. Voire même un troisième si l’on souhaite se pourvoir en cassation, quand il n’y a pas d’appel possible en rézosocios.
Ni dans la presse d’ailleurs. Un scandale de faire les gros titres, car il y a du chiffre à faire, des salaires à payer et des impôts à régler et quand on s’est fourvoyé, un simple entrefilet en quinzième page suffira à incanter la déontologie journalistique.
Je hais les journalistes et j’expliquerais pourquoi dans un prochain article de blog.
Pour les rézosocios, une accusation à valeur de condamnation et on ne pourra jamais s’en remettre en France quand bien même la Justice d’avoir tranché en faveur du mis en cause ou en examen.
L'activisme des vociférantes en rézosocios alimentent dans le même élan un sentiment d'inconfort et d'insécurité. Il déforme l'appréhension de la réalité. C'est une déclinaison du débat sur l'insécurité et le sentiment d'insécurité. Les violeurs sont une réalité et nous sommes tous d'accord pour mettre un terme à leurs agissements.
Mais in fine, les violeurs ne sont qu'une infime partie de la population des 28 millions de français émargeant au genre honni. Chiffre que l'on peut rapporter aux 37 800 condamnations pour viol et agressions sexuelles en France sur la période 2017-2022, pour déterminer sens et proportions.
Caroline de Haas avait avancé que 70 à 80% des hommes sont des violeurs qui s'ignorent, avant de fermer ses pages en rézosocios.
Ce sentiment d'insécurité entraîne des schémas binaires qui étouffent notre raison, pour que contre toute rationalité, l'on vienne à professer en rézosocios qu'une immense majorité des hommes sont des violeurs en puissance. C'est confondre misandrie et nécessité légitime de Justice. Quand on veut se débarrasser de son chien on annonce qu'il a la rage...
Que l'on attire l'attention sur une coupable permissivité de domination sexuelle et que l'on libère la parole est aussi sain que légitime. Ce climat d'indulgence doit définitivement prendre fin ! Il appartient à une autre époque et nous devons évoluer. Progresser.
Mais de grâce préservons nous de toute démesure, d'abus et d'excès.
Legs de notre culture catholique.
Dans la culture catholique, lorsque l’on est accusé, on est définitivement marqué. Même innocenté, on reste “celui qui…” , car les cultures catholiques entretiennent la mémoire de la faute et le public général a du mal à dissocier accusation et identité morale.
Dans les cultures catholiques la faute est l'expression d'un être, d'une nature peccamineuse, quand dans les cultures protestantes c'est une culture de l'avoir, ou un contexte, une condition périssable qui a conduit à la faute.

Ce n’est pas seulement “il a fait”, c’est “il est capable de faire parce qu’il est ainsi”. On est donc présupposé fautif avant d’avoir fauté. De par chez nous, la faute colle à la personne. L’accusation devient une identité et la rédemption publique est difficile.
L’opinion à tendance à confondre accusation et essence morale.
Chez nos voisins protestants, la rédemption est consubstantielle à la nature humaine et à la société.
La faute est un événement et ne définit jamais une identité. L’individu peut se réformer, se convertir, se racheter. Dans la culture protestante, on analyse le contexte et conditions, parfois les pressions ou les erreurs de jugement.
On cherche ce qui a conduit à la faute, pas ce que la faute révèle de la personne.
Notre droit, pour partie s’inspire de préceptes protestants quand notre « catholitude » s’exprime au mieux sur les rézosocios.
In fine, dans notre beau pays, on ne se remet jamais de telles accusations, même blanchi en Justice.
La critique des décisions de Justice dévalorise le seul instrument de lutte à disposition contre les violences sexuelles
Reste le point que personne n'a noté ou n'ose porter en place publique. S'en prendre publiquement à la Justice pour prétendre qu'elle ne "fait pas son travail" revient à se priver du seul arsenal de lutte contre les agresseurs et les violeurs. C'est faire perdre en crédibilité et efficacité au seul système à disposition pour mettre fin aux agissements des criminels. S'en prendre à la Justice, car elle n'a pas été conforme à son souhait de vengeance, revient à abîmer le seul allié à disposition et se trouve in fine démuni.
Si une décision de Justice ne pas vous convenir, la première des choses à faire est de s'exonérer de l'émotion et tenter de comprendre et d'analyser les motivations de la décision, tout en se rappelant que l'on peut encore tenter de se faire entendre. Si une plainte d'avoir été classée, on peut redéposer plainte sous la forme d'une plainte avec constitution de partie civile. Il existe aussi des associations qui peuvent porter plainte en son nom et proposer l'assistance d'un avocat.
Rappelons nous aussi que la Justice est féminine, n'en déplaise. 69% de l'intégralité des effectifs de la magistrature en France sont des femmes. 66% des magistrats de première instance, 54% en cour d'appel et 45% en cour de cassation.
Ce qui peut aussi poser la question de l'impartialité des juges face aux crimes de nature sexuelle.
Conclusions.
Le « on vous écoute » respecte les principes fondamentaux de notre droit. Il est un garde-fou essentiel dans une Vie en communauté et nous évite bien des écueils et égarements.
Il est vrai que les femmes n’étaient pas écoutées et il fallait corriger cette anomalie. Mais nous ne devons surtout pas passer d’un excès l’autre et préserver les principes et valeurs qui nous permettent de faire encore société.
Le « On vous croit » est avant tout un acte de foi, qui engage une partialité et met en dynamique des préjugés.
Quand le « On vous écoute » engage bienveillance et neutralité, dans le respect de l’humanité du dépôt de plainte.
L’écoute n’est pas la validation, et la compassion n’est en rien de la crédulité.
La présomption d’innocence n’est pas un privilège de l’accusé, c’est une protection de tous contre l’arbitraire.
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Disponible à la vente.
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