Le blasphème masculiniste
- 12 août
- 3 min de lecture
LinkedIn ne cessera jamais de me surprendre.
Une Internaute a publié un texte engagé, pour dénoncer les violences masculinistes. On ne serait être trop d’accord pour soutenir une telle cause. Légitime. Rien à redire à ce sujet.
Mais voilà que cette publication devient un dazibao enfiévré et je cite : « Les pouvoirs publics peinent à identifier les idéologies masculinistes pour ce qu’elles sont : un ensemble de thèses conspirationnistes participatives, qui peuvent motiver des individus ou des groupes au passage à l’acte violent, aussi bien dans la sphère privée (violences domestiques) que publique (violences sexuelles, harcèlements massifs en ligne jusqu’à des attentats meurtriers) et dont l’objectif est de reconsolider la domination masculine. »
Encore une fois. Des amalgames sur le principe de la synecdoque. Qui ne servent en rien le propos, si ce n’est de choquer et d’attirer l’attention. Pour récolter des likes ?
Nouvelle étape désormais : il y a un complot masculiniste mondial supporté par les GAFAM et je cite : « Le livre dresse un panorama de ces groupes antiféministes, avec leur diversité, leur organisation, leur business, leurs soutiens, leurs moyens d’action (notamment via les Gafam), la manière dont ils s’articulent avec d’autres courants antidémocratiques. (…) Il montre enfin que derrière ces profils d’hommes violents et qu’on croit marginaux s’est développé un courant de pensée politique dangereux, centré sur la quête du monopole des pouvoirs. »
Et dorénavant tout contradicteur reçoit la qualité de violent complotiste masculiniste et je cite : « Il est urgent d’agir contre l’idéologie masculiniste, profondément misogyne, et de revoir nos politiques sécuritaires à cette aune. »
Curieux mais je ressens des relents misandres…
L’internaute s’appuie sur la personnalité et le travail de Stéphanie Lamy, auto-proclamée experte, pour nous proposer sa profession de foi.
Ce titre d’« experte » ne correspond en rien céans à une référence académique précise ou un diplôme reconnu. Il n’y a aucune trace d’un doctorat, d’une HDR ou d’un poste de chercheuse statutaire dans un laboratoire universitaire pour Mme Lamy.
Statut académique réel : Niveau master (bac+5) + Chargée d’enseignement (donc non‑titulaire, non‑chercheuse statutaire) + Chercheuse indépendante (au sens non institutionnel). Elle n’est donc pas chercheuse au sens universitaire strict (pas de thèse, pas de publications scientifiques évaluées par les pairs).
Ça c’est fait.
Question : peut-on être à la fois être chercheuse et militante sans être sous l’emprise de biais cognitifs majeurs ? Réponse: l’engagement militant augmente le risque de biais de confirmation, de sélection des sources, de cadrage idéologique.
La recherche académique exige au contraire une méthode visant à neutraliser ces biais (pair review, protocoles, falsifiabilité). Le travail de Stéphanie Lamy n’est pas académique au sens strict. Il est explicitement militant (féminisme, lutte contre les violences de genre) et repose sur une analyse stratégique des discours masculinistes.
De plus, il n’est pas soumis à l’évaluation par les pairs. Il est donc inévitablement traversé par des biais cognitifs, comme tout travail militant.
Cela ne disqualifie pas nécessairement ses analyses, mais cela impose de les lire comme un essai engagé, pas comme une étude scientifique neutre.
J’ai donc répondu à la publication : « Alors, c'est bien, c'est vendeur et dans la dynamique la plus populaire du moment. Sauf qu'il y a trop de raccourcis et de pis aller pour être réellement objectif. Je n'ose pas écrire scientifique. Il y a une forme de synecdoque prévisible. Dans les mouvances masculinistes, il y a le pire et le reste. Saviez vous qu'il existe des femmes Incel ? Connaissez vous les MGTOW ? Un article de blog qui ouvre quelques pistes à ce sujet et il y aurait de quoi faire un livre : https://www.deucewriter.com/post/mouvances-masculinistes-faisons-le-point »
Et depuis la publication de ma réponse la publication est verrouillée. On ne peut ajouter ni commentaires, ni réponses.
Curieux non ?
En conclusion nous sommes clairement dans une démarche militante fermée et antidémocratique, puisque la contradiction sur base factuelle et argumentée n’est pas tolérée.
On est plus clairement dans une dynamique religieuse qui n’autorise pas le blasphème.
Le livre de Stéphanie Lamy : https://editionsdudetour.com/index.php/les-livres/la-terreur-masculiniste/
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