Mouvances masculinistes, faisons le point.
- 13 avr.
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Alors je ne vais pas m’attarder sur les phénomènes médiatiques Andrew Tate et affiliés, qui n’ont intérêt aucun, si ce n’est d’offrir en réplique aux vociférations féministes le miroir de leur propre excès. Je souhaite réfléchir à deux courants masculinistes, parmi les plus marquants. Les Incels et MGTOW et m’interroger sur Jordan Peterson.
Incel :

Les Incels (Involuntary Celibatarians) sont un vrai foutoir. Cette mouvance est constituée de plusieurs chapelles et pensées, qui peuvent à l’occasion être contradictoires.
A juste titre, le mouvement Incel est frappé du sceau de l’infamie en conséquence d’attentats et de tueries revendiqués pas des Incels, ou affiliés. Montréal 1989, Collier en 2009, Isla Vista en 2014, Las Vegas 2017, Toronto en 2018 et 2020, Hanau en 2020, Glendale en 2020, Amrisvil en 2021, Plymouth en 2021.
On notera que ces tueries, assassinats et attentats Incel ont tous eu lieu dans des sociétés de tradition et culture protestante. Amérique du Nord, Allemagne, Suisse et Royaume-Uni. Ce qui ne manque pas d’interroger.
Ces sociétés et cultures sont en général pacifiées et ont une pratique du débat plus aboutie que les sociétés de tradition catholiques. La recherche du compromis et de solutions pragmatiques y prévaut. Et pourtant, aussi étonnant que cela puisse paraître, ces sociétés, pacifiées dans leurs relations, conservent une trame de violence qui peut surgir au moment le plus impromptu.
On notera, dans le même élan, que les luttes féministes y sont plus sereines et pacifiées que par chez nous. Pourtant, parfois de sévères contradictions existent, quand on examine, par exemple, la prévalence des viols et agressions sexuelles supérieure en nombre et comparaison avec notre réalité si latine.
En réalité, il est difficile de proposer une définition des Incels qui satisfasse tout le monde.
In fine, le moteur de la mouvance Incel est essentiellement le ressentiment.
Chez certains cela reste au stade de l’expression d’un mal-vivre, quand chez d’autres le ressentiment évolue et transmute en plus inquiétant. Le ressentiment de muter en frustration, parfois en amertume, pour culminer chez une minorité en rage et colère. Viennent s’y ajouter les frustrations et petites violences du quotidien (factures, injonctions, pressions professionnelles, etc) et cette impression d’être acculé et de ne pouvoir s’en sortir.
Il y a une perception parfois décalé de la réalité chez les Incels.
Décalée sur leur potentiel réel, comme une forme d’auto-dépréciation, mais aussi un hiatus sur les désirs et nécessités des femmes. Ces dernières ayant aussi parfois des difficultés à exprimer en toute clarté leurs attentes, préférant le flou artistique du non verbal et le non-dit, quand la base des Incels est à la recherche de certitudes.
Les Incels ont aussi du mal à gérer la frustration.
Ils prennent conscience des hiérarchies et valident ce faisant leur réalité de mâles bêta. Ce qui ajoutent à leur amertume et frustrations premières. Parce qu’ils ont intégré des modèles qui leur sont extérieurs sans jamais les remettre en cause. On pourrait pourtant s’épanouir en étant un mâle bêta en se rappelant que varier à la hausse sur l’échelle des valeurs sociales ne garantit pas le bonheur. Pour un Incel, être un mâle alpha est la garantie et la définition même du bonheur et jamais ils ne s’interrogent sur le dogme ou tentent de le remettre en cause pour valider son authenticité.
Pire ils inversent le modèle des hiérarchies sociales pour se replacer au centre et à la tête de ces constructions. J’ai raison et ils ont tort. Mois seul, contre tous.
Ce qu’il y a aussi de commun à la galaxie Incel, c’est cette volonté farouche de coller au système de valeurs et à ce projet commun de société : se mettre en couple et se reproduire. Ils ne le remettent pas en cause et ne s’interrogent pas sur sa validité là aussi. Ils l’ont involontairement adopté et ce précepte leur est devenu structure et substance.
Ils souffrent de ne pas pouvoir coller au modèles sociétaux, quand il suffit de s’en affranchir pour entrer en sérénité. Le regard supposé d’autrui sur eux-mêmes ou ce qu’ils s’en imaginent, les enferment dans une trappe d’échecs putatifs et d’amertume en corollaire.
Et comme bien souvent, c’est encore et toujours la faute des autres. Il faut trouver un coupable et un responsable à ce qu’ils assument comme un échec.
Et la misogynie de sourdre. Prévisible et presque réconfortant de naturel.Les Incels vivent dans un déni de réalité et peinent à percevoir les mécaniques du monde. Ils n’ont pas cette capacité à se remettre en perspective.
Pour conclure ce chapitre, j’ajouterais que les Incels sont convaincus que le sexe est un droit inaliénable et que ce droit se refuse à eux. Illégitimement. Ils introduisent, dès lors, le concept de misère sexuelle pour justifier leurs revendications et enfiler les oripeaux de la posture victimaire.
Là, ou on pourrait leur donner raison et sur ce point précis, c’est cette campagne de prohibition du porno qui in fine les confinera dans un véritable cachot de frustrations. On peut prêter au porno tous les torts, mais il a aussi une fonction de soupape de sécurité. De purge nécessaire.
Chaque cité, même la plus élaborée et la plus belle a ses égouts et sans eux elle ne peut fonctionner. Je ferais prochainement un article sur le porno.
On pourra aussi interpréter la mouvance Incel comme une déclinaison du consumérisme.
Le haut de la pyramide étant à même de consommer sans entraves, y compris du sexe et « des femmes » quand les Incels en seraient injustement privés. Point de place de place au banquet. Quand ils en auraient le droit naturel à en être (conditionnel).
Ou sur un plan plus philosophique et sociologique, l’on peut aussi s’interroger sur cette injonction des Incels à l’égalité de droits censés être disponible à tous. C’est confondre égalité et égalitarisme.
L’égalité c’est le principe d’un équilibre sur la base d’une justesse, plus que d’une justice qui aurait valeur d’éthique. L’égalité ne nie pas les différences, inégales pas nature, mais propose un base de principe. Chacun d’évoluer à partir de cette base en fonction de ses qualités. Par exemple, il y a des riches et des pauvres, essayons de gommer cette différence au départ, aux pauvres ensuite de mériter leur place au banquet.
L’égalitarisme, c’est tout le monde au même niveau, quelque soient les qualités des individus. Comme à l’école des fans : tout le monde a 10/10.
Le mouvement Incel est désormais tombé en disgrâce. En toute logique.
Il existe aussi des sous catégories comme les Gymcell.
Des Incels par nature et essence ou des hommes quittés par leur compagne et qui remettent en question leur masculinité, pour arriver à la conclusion qu’il leur faut combler leurs carences afin de ne plus avoir à goûter à l’amertume de l’échec. Ils entrent en solitude et se font le serment de ne plus se laisser tenter de nouveau, afin de ne plus souffrir. L’entraînement et les progrès éventuels structurent leur quotidien et bornent leur existence de son rythme lancinant. Ils sont souvent mutiques et deviennent rapidement asociaux. Ils sont rarement un danger, se rétractant sur eux-mêmes à l’exclusion des autres et certains s’expriment sur les rézosocios au travers de vidéos cryptiques dans lesquels ils exposent leurs corps.
Pour l’anecdote, peu de gens le savent, mais il existe une mouvance féminine des Incels. Les Femcels.
Contrairement à leurs « collègues masculins » elles ne dirigent pas leur colères et frustrations contre le genre d’en face mais contre elles-mêmes. Elles ne refusent pas le contact avec les hommes, mais se bornent à les « friend zonés. » quand leurs homologues masculins s’y refusent.
MGTOW :

Men going thir own way.
Pour cette mouvance, on est plus sur une dynamique personnelle et subjective que sur un élan collectif.
Les MGTOW sont des hommes qui se sont résignés ou qui ont démissionné. Ils ont renoncés au modèle social dominant pour aller suivre leur chemin de traverse. Ils ne souhaitent plus entrer dans une relation avec une femme, construire un couple et se reproduire. Ils y ont renoncé.
Cette dynamique n’est pas un mouvement au sens où elle n’est pas structurée ou organisée. C’est une simple profession de foi. C’est aussi un mouvance très individualiste et pour laquelle l’individu prime sur la société et ses diktats.
Le MGTOW ne se considère pas comme victime du célibat et plus comme une victime des femmes. Il la fait sécession. On pourrait reprendre Coluche à cette fin tant sa pensée semble coller aux choix des MGTOW : « La société n’a pas voulu de moi ? Qu’elle se rassure ! Je ne veux pas d’elle ! »
L’Incel est un célibataire involontaire, le MGTOW est un célibataire assumé.
Par choix et adhésion. Les deux composantes se méprisent l’une l’autre. Statistiquement l’Incel est plutôt un jeune adulte quand le MGTOW est plus mature.
Les Incels sont particulièrement féroces à l’endroit des MGTOW en les nommant de « masculinistes herbivores ».
Le MGTOW préfère se concentrer à gérer et maîtriser sa Vie plus que de tenter de la changer, ayant préempté qu’il n’est pas en capacité de le faire seul et par lui-même. La société ne peut plus être amendée, ou modifiée, elle est codifiée et sclérosée. Non amendable en l’espèce. Il s’est donc adapté en conséquence.
On reprochera une forte subjectivité et un individualisme forcené au MGTOW, quand en réalité, il ne fait que reproduire avec emphase, ou excès une réalité déjà commune.
On lui reprochera de ne plus se poser de questions, de ne plus se remettre en perspective et de ne plus réfléchir, de refuser de penser le collectif, l’avenir et la société, pour se retrancher à l’étroit se sa propre existence. En autisme.
Notons qu’aucunes violences, attentats ou agressions n’est à porter au compte des MGTOW.
Ils se font régulièrement attaqués et rabaissés dans les pages société des journaux à sensation, sans qu’ils interviennent en retour. Ils ne prennent pas la parole, ne livrent complainte aucune et refusent toutes postures victimaires.
Les MGTOW ne sont pas par définition tous des misogynes. Ils ne refusent pas les relations sexuelles et font parfois appel à des professionnels. Ils ne souhaitent juste pas s’engager dans des relations qu’ils estiment à leur détriment. Inégales et dangereuses au sens où ils peuvent faire l’objet d’accusations fallacieuses quand ils ne se sont livrés à aucunes malfaisances.
C’est une des motivations des MGTOW : ne pas se mettre en danger. Ils ont préemptés le principe de présomption de culpabilité et ont compris que si, par malheur, ils devaient conflit vivre avec une femme, ils en seraient la principale victime. Le fameux « On vous croit » qui devrait plutôt être un « On vous écoute ».
Ils préfèrent donc s’épargner quelques tourments et s’éviter la disgrâce de la garde à vue pour des raisons plus ou moins troubles. Et plus ou moins valables.
Jordan Peterson :

Ce psychologue clinicien canadien a endossé à son corps défendant la livrée du héraut masculiniste.
Sa valeur et son apport d’être avant tout rhétorique, car il ne propose rien de concret en terme de structure de pensée, se bornant à répondre avec habileté aux arguments féministes sans proposer de contre-modèle.
C’est un sophiste du masculiniste qui n’offre qu’un catalogue de contre-arguments sans jamais le relier à une pensée structurée, hormis le conservatisme qui semble l’habiter. C’est un conservateur libéral en matière d’économie et l’insipide de ses discours permet à tout à chacun de s’y reconnaître.
Il devient pertinent et incontournable lorsqu’il commente les dérives du féminisme et ses liaisons dangereuses avec les idéologies wokistes les plus extrêmes. Il déclare : « « Il y a cette alliance folle entre les féministes et les islamistes radicaux que je ne comprends pas. Pourquoi les féministes ne passent elles pas leur temps à protester sans cesse contre l'Arabie saoudite me dépasse complètement. […] Les féministes radicales sont-elles attirées par cette domination masculine totalitaire qu'elles ont chassée de l'Occident ? »
On lui fait souvent critique de son régime carnivore sans s’intéresser aux circonstances. C’est sa fille qui victime de troubles intestinaux chroniques tenta la solution du régime carnivore pour l’adopter définitivement. Ses troubles se sont réduits et elle gagna en confort de Vie. Jordan Peterson tenta lui-même cette solution pour parvenir aux mêmes conclusions. Il n’en fit pas spécialement la publicité, d’autres s’en étant chargé pour lui.
Sa pensée est imprécise. Jordan Peterson est une excellent tacticien et un stratège perfectible.
Il a pour lui de présenter une image plus lisse et plus consensuelle du masculinisme.
Conclusions :

A l’instar de nombreuses féministes, les masculinistes sont dans la réaction.
Réactions, souvent impulsives et ils peinent à proposer une pensée structurée sur laquelle on puisse construire et argumenter. Ils ne sont que le miroir des excès du féminisme.
Les féministes authentiques sont réduites au silence par le surexposition médiatique des vociférantes. Elles proposent pourtant une trame essentielle, mais ne la détaillent jamais. Comme la plupart des gauchistes de plateaux TV rétifs au réel, elles sont elliptiques et nous n’avons droit qu’à un catalogue de grands principes généraux et humaniste à valeur de posture : L’égalité des droits La liberté de disposer de son corps comme on le souhaite
Les mantras n’ont pas évolué depuis les années 70 et deviennent des injonctions sans que l’on comprenne comment les appliquer. Les seules applications pratiques sont des obligations légales qui ne changent pas les mentalités et génèrent frustration et ressentiment chez les uns et ivresse du pouvoir chez les autres.
Beaucoup d’hommes sont dans l’attente. Ils attendent qu’on leur propose de nouvelles règles et codes pratiques, concrets et matériels pour pouvoir les appliquer. Une boussole.
Contrairement à ce que les vociférantes nous assènent avec une joie non dissimulée, les hommes ont compris que ça doit changer. Ils sont prêts. Ils attendent juste une feuille de route concrète et sont fatigués du catalogue de leur fautes et reproches qu’on leur assène nuit et jour.
Les féministes, journaleux et sociologues de comptoir ne tentent pas de comprendre ou d’analyser les mouvements masculinistes, ils les discréditent par binarité. Le féministe émargeant de nos jours à la catégorie du Bien, tout ce qui peut lui apporter contradiction est par nature imprégné du Mal. Le mâle devenant pas définition le Mâle.
Par association, paresse intellectuelle et une bancale et critiquable application de la mécanique du syllogisme. Exemple de syllogisme : les Incels sont des salauds et les Incels sont tous des hommes et donc tous les hommes sont forcément des salauds. Le syllogisme est confortable et reste un puissant anesthésiant de la pensée. Il reste l’instrument des nécessiteux cognitifs tout en leur donnant l’impression de la justesse et l’évidence d’un raisonnement d’airain.
Le syllogisme ne fait que renforcer ce mécanisme intestin qui nous pousse à faire de nos convictions des Vérités. Il remplace bien souvent la raison par l’ego.
On en arrive à une polarisation qui est typiquement la mécanique suprême et insidieuse des rézosocios. On ne s’écoute plus, on ne se pose plus de questions et l’on finit par s’ignorer après s’être copieusement admonesté.
Avant de condamner son antagoniste, il faut d’abord appréhender la réalité de sa contestation. Exiger de lui des arguments et du factuel avant de prononcer l’anathème et l’excommunication. Il faut s’exonérer de l’émotion et avoir suffisamment de modestie pour se convaincre que l’on a peut-être pas raison sur tout.
Trois fois hélas, les carences d’altérité et l’émotion étouffent la raison. On ne débat plus pour comprendre et solutions proposer, mais pour avoir raison sur autrui.
Les mouvements masculinistes expriment quelque chose. Il nous faut se débarrasser de ses excès, pour se focaliser sur le contenu et les arguments. Les mouvements masculinistes par delà les outrances et les excès, tous condamnables, nous disent AUSSI quelque chose.




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