La fin de l’escorting ?
Dernière mise à jour : 25 sept.
Approchons nous de la fin de l’escorting ? Ça ressemble un peu à une épitaphe. Un slogan, une prédiction et l’amorce d’une oraison funèbre. Même si ce n’est pas encore une évidence, ça en prend le chemin. Irrémédiablement.
Non la prostitution ne prendra jamais fin ! L’escorting ne disparaît pas : il cesse d’être la forme dominante de la prostitution contemporaine.
Toutes les relations humaines ont un diffus de mercantile et les relations sexuelles n’y échappent pas. Tout le monde connaît l’expression populaire consacrée : « le plus vieux métier du monde » et je me rappelle aussi cet aphorisme d’Étienne Rey « Il y a un amour que l'on nomme vénal, pour laisser croire que l'autre ne se vend pas ». Les moralistes peuvent nous faire la leçon tant qu’ils le souhaitent, le fait prostitutionnel est et restera incontournable.
L’escorting en était à ce jour une des versions les plus abouties. Et des plus tolérables. Je n’ose écrire acceptable. Définition : la prostitution facture une prestation indépendamment du temps consacré à sa réalisation, quand l’escorting facture une durée de temps indépendamment des prestations réalisées.
La prostitution s’est toujours adapté aux contextes. Et si elle n’ a eu de cesse d’évoluer au gré des avancées de la technologie. Elle s’est ainsi massivement installée sur le Net pour s’y structurer. Bien sût, il existe encore quelques irréductibles qui battent le pavé ou défendent une place chèrement acquise le long d’une Nationale. Ou un emplacement forestier. Mais in fine on est là dans un écart-type et à la marge.
Le marché prostitutionnel sur Internet s’est crée ex-nihilo, pour passer du clandestin à la lumière. De nouveaux usages se sont mis en place et les acteurs de ce négoce ont adopté les rites usuels du Net. L’offre s’est structurée et normalisée autour des portails prostitutionnels. Ces derniers concentrent l’offre et forme un catalogue nécessaire pour signaler sa présence et sa disponibilité. Ils permettent aussi de clarifier sa proposition et d’être visible. La demande a enfin un outil à disposition pour étudier l’offre et tenter de faire le bon choix. Conséquence prévisible, l’évaluation du prestataire et des "services". Avis, commentaires et revues de prendre forme et structurer ce négoce.

Internet a amené à une prise de conscience de la réalité du marché. Les filles ont pris conscience de la réalité concurrentielle du marché. Ce qui n’a pas échappé aux clients aussi. Les tarifs, esthétiques et modes de communication se sont standardisés. Jusqu’à en devenir prévisible. Lassant.
Le marché a tout simplement explosé. Les effectifs d’amazones ont enflé jusqu’à saturer une offre devenue pléthorique. Les clients ont fait bombance. Le marché en est devenu si compétitif qu’il ne pouvait éviter les petits arrangements. Le « faking » est né. Pour tenter de redresser un chiffre d’affaire atone, certaines se sont mises à user de fausses photos et mentir sur les services. En omettant de se rappeler que désormais les clients ne choisissent plus sur simple catalogue, mais sur la base des « reviews » (évaluations).
Et c’est à ce moment précis que les margoulins franchirent une nouvelle étape pour produire des fausses revues de promotion. Le faking était dès lors devenu incontournable. Inarrêtable.
La mécanique du faking s’est enclenchée et rien ne pouvait plus l’arrêter. Trop d’enjeux, trop d’argents et d’espérances à moissonner. Beaucoup de clients ont perdu confiance dans le système escorting. Trop de déceptions accumulées pour tenter de persévérer et ils sont nombreux à avoir démissionner. En silence.
A mes débuts dans le cyberproxénétisme, une jolie fille à la réputation établie recevait 150, parfois 200 SMS par jour. De nos jours, le champagne est sabré quand on atteint les 30 messages jour.
Les offres péri-prostitutionnelles ont aussi pris en ampleur. Des plateformes telles que Seeking Arrangement ou Suggar Daddy ont usé des mêmes dynamiques prostitutionnelles pour construire un « business-model », sans jamais assumer pleinement la réalité de leur entreprise. Se retrouvent sur ces plateformes des anciens clients de l’escorting qui tentent de retrouver l’émoi avec des amazones moins professionnalisées et des tarifs plus attractifs. Ils ont connu une période dorée de l’escorting, ont développé une addiction forte et ne parviennent plus de nos jours à retrouver le frisson. Il s’essayent donc à ces nouvelles plateformes avec en ligne de mire l’étudiante ou la débutante qui n’ a pas encore pris tous vices et défauts sa profession
De jeunes aventurières tentent aussi l’aventure des Sugga-Bidule. Elles peuvent ainsi compléter des revenus ou faire une carrière maîtrisée et partiellement occultée sans jamais avoir à assumer la qualification de « pute ». Leur ego de ne point être endommagé céans et s’éviter le déshonneur de la prostitution. Et c’est bien cet aspect que les plateformes Sugga-Bidule ont appréhendé et compris. Pour en faire leur business-model.
Les rézosocios ont aussi aspirés une partie de ce marché. Dans le même élan et les mêmes dynamiques que les plateformes Sugga-Bidule. Tout est occulté et se passe dans le secret des DM (Direct Messages). On ne s’affiche en rien prostituée et l’on n’est pas un client mais un follower. Il faut juste savoir jouer avec les tabous et interdits des rézosocios pour ne pas se retrouver bloquée ou bannie. Les amazones tissent leur toile en se connectant avec d’autres filles et les followers voit le catalogue s’élargir à loisir. Twitter est un peu à part et sert surtout de relais de communication. Il permet d’augmenter sa visibilité pour ensuite rediriger vers un site en propre ou un profil Facebook ou Instagram.

Soyons clairs : les plateformes du type Onlyfans ne sont en rien des sites prostitutionnels, comme voudraient nous convaincre certains médias. Elles sont plus assimilables à des sites pornos à vocation masturbatoire. La définition de la prostitution est simple : une interaction sexuelle rémunérée. Dans le cadre d’une activité masturbatoire devant un profil Onlyfans, il n’y a pas d’interaction sexuelle, quand il existe une rémunération. C’est une interprétation moderne des sex-chats qui existent déjà depuis des années. Rien de nouveau.
Les filles qui s’y inscrivent s’imaginent faire commerce de leurs charmes sans la souillure de la prostitution. Sauf qu’il n’est pas réellement possible d‘y gagner de l’argent. La moyenne des gains est de 150$ le mois. Sur lesquels la plateforme prend sa commission. La gestion d’un compte OnlyFans oblige aussi à un intense travail éditorial. Il faut publier tous les jours ou presque, innover et interagir avec ses abonnés. Plusieurs heures de travail au quotidien pour des gains dérisoires. Son image et ego sont certes préservés, mais on n’y fait pas d’argent.
Les « dating apps » (applications de rencontres) ont eu leur moment de gloire. Elles ont fluidifié pour un temps la sexualité en facilitant les rencontres. Sexualité plus simple et facile d’abord, sans avoir à passer par une phase plus ou moins longue de séduction. Tout en étant assuré de consommer. Les datings apps avaient facilité la sexualité, si la demande initiale de pouvoir accepter quelques compromis. Sur le physique et les pratiques. Mais elles semblent aujourd’hui en perte de vitesse.
Le retour du puritanisme a eu un fort impact sur les plus jeunes générations qui ont toujours l’engagement au bord des lèvres. Elles s’engagent, militent et enfilent des postures sans réellement comprendre les réalités en marche. Un peu comme un adolescent qui entre en insurrection contre ses aînés dans une dynamique identitaire. Je refuse de faire comme mes vieux, car je suis meilleur qu’eux. In fine, les légions de client se raréfient par le dessous de la pyramide des âges. Il y a certes un rajeunissement des clients, mais leur nombre restreint ne remplace pas les légions d’anciens clients démissionnaires. Ou retraités de la libido. Et les plus jeunes, qui tentent l'aventure de l'escorting, souhaitent faire ce qu’ils ont vu dans les pornos, puisque les « civiles » leur refusent ces pratiques. Pratiques, qui ne plaisent pas non plus aux escortgirls.
La culture contemporaine rend aussi l’escorting “ringard” ou “toxique” et l’expansion du puritanisme est concomitante à la montée du néo-féminisme qui use de la morale pour prononcer l’anathème sur la prostitution. Appréhendé comme la relique d’un patriarcat aujourd’hui obsolète devenu. Ce nouveau moralisme a fait de la valorisation de l’authenticité contre la transaction une nécessité. Il tente de ré initier une forme de honte sociale associée aux pratiques tarifées. L’escorting devient dès lors « ringard » ou « toxique ».

Une forme de désespérance s’est aussi installé chez les plus fervents des clients. Se cumulent de nos jours lassitude et frustration. Et une forme de fatigue du rituel et son cérémonial pesant (prise de rendez-vous, déplacement, incertitude). Les nouvelles agences d’escortgirl ont encore plus complexifié la commande en ajoutant des complications jusqu’à l’absurde. Envoi de selfies, obligation de jongler entre plusieurs téléphones et la prolifération des listes noires. Sur lesquels on peut retrouver son numéro de téléphone pour un oui pour un non.
La pratique du KYC (Know Your Customer) ne fait sens aucun pour ce négoce et les agences semblent ignorer que la pratique est pénalisable pour le client, ce qui nécessiterait un minimum de confidentialité. Quand le marché en vient à se rétrécir et la demande se contracter, on n'impose pas un lourd administratif au prospect. On lui simplifie la Vie. On prend soin de lui et on le bichonne...
Ne pas oublier le fait économique. La baisse du pouvoir d’achat est continue et impacte tous les loisirs. Escorting compris. La dépense qui semblait salutaire naguère, apparaît désormais dispendieuse. Et d’autres pratiques de sourdre avec une concurrence des pratiques gratuites ou semi-gratuites. A ce titre on peut citer la montée des interactions parasexuelles (DM, sexting, GFE virtuel), ou l’explosion des contenus pornographiques gratuits. On se soulage plus que l’on se fait plaisir, la masturbation ayant l’unique avantage d’être gratuite.
Le marché de l’escorting n’est pas seulement saturé, il est économiquement fragilisé. L’escorting ne meut pas, il s’étiole. Il est maintenant en concurrence avec de nouvelles tendances, de nouveaux marches et de nouvelles habitudes.
La prostitution de ne jamais mourir. Quelques soient les lois et règlements votés et appliqués, l’offre a toujours su se connecter à la demande et c’est bien là l’enjeu. Il existera toujours une demande et une offre, même indépendantes l’une de l’autre. Et elles arriveront toujours à se connecter. La prostitution participe aussi de la cohésion sociale et elle lui est nécessaire, sans qu’on soit en mesure d’inventorier ou chiffrer ses apports.
Si l’escorting se meurt, la prostitution s’est déjà trouvé d’autres voies et chemins d’expression. Si vous avez d'autres opinions à ce sujet, n'hésitez pas à vous exprimer dans la section commentaires ci-dessous.
L'escorting est il en train de mourir ou de se transformer ?
Il est en train de mourir, c'est trop tard !
N'importe quoi, il ne mourra jamais !
Il ne meurt pas, il se transforme !
Les nouvelles formes ont tué l'escorting. Tant mieux !
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