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La désexualisation du sport féminin.

25 sept.
5 min de lecture

Dernière mise à jour : 27 sept.

La désexualisation du sport féminin.


Il y a eu toute une effervescence dernièrement sur la sexualisation du sport féminin et la publicité de Sidney Sweeney en a remis une couche. C’était bien évidemment stratégique et le buzz a fait grimper les téléchargements de l’application promue par Sidney Sweeney. Cette application a un public très fortement masculin et rien de mieux qu’une polémique pour que l’on parle de vous et que le chiffre d'affaire prenne son envol. Andhy Warhol théorème.


Certains semblent découvrir la sexualisation du sport. Et beaucoup semblent oublier que de nombreux athlètes masculins ont aussi été des sex-symbols. Les athlètes masculins ont aussi été sexualisés massivement. Dan O’Brien en couverture de magazines, Jean Galfione en égérie, Ryan Garcia et Oscar de La Hoya posant torse nu, David Beckham transformé en icône érotique mondiale et Cristiano Ronaldo en sous-vêtements Armani. Et ce ne sont pas les seuls.


D'évidence, le public du sport est majoritairement masculin, mais sa composante féminine est aussi en recherche d’une érotisation des athlètes masculins. Même si elles le nient. D’aucuns d’en être perturbé, mais désolé, même si ça agace, la sexualisation est l'une des composantes de l’économie du sport.


Récemment, une footballeuse australienne s’est plainte de Sidney Sweeney et de la publicité incriminée, en scandant qu’elle voulait être reconnue pour ce qu’elle fait et non ce qu’elle est. Même si le principe peut paraître légitime, in fine elle m’apparaît déconnectée de la réalité. On ne peut pas dans un premier élan demander les mêmes salaires que les hommes (quand les audiences sont très inférieures à celle des hommes) et refuser une esthétisation du corps. D’autre part, que ça déplaise ou non, une part des audiences du sport féminin est aussi basée sur la plastique des femmes et parfois son érotisation.


Sidney Sweeney

On peut dès lors se poser la question de savoir si le sport féminin ne voudrait pas l’argent du sport masculin, sans subir les contraintes du spectacle. Le public est majoritairement masculin, et qu’on le veuille ou non, une partie de ce public est attirée par la plastique des athlètes. Ce n’est pas un jugement moral, c’est un fait de marché.


Quand une footballeuse australienne dit : “Je veux être reconnue pour ce que je fais, pas pour ce que je suis.”. Elle exprime un idéal, mais le sport n’est pas un espace idéal déconnexté de toutes les réalités. C’est un espace marchand. Et dans un espace marchand, l’attention génère le profit. In fine, la posture d ela footballeuse australienne donne l'impression d'une morale courte et un peu bisounours. Une profession de foi un peu « kidult » et déconnectée des réalités. Si tu refuses les leviers d’attention, tu refuses une partie du business. C'est triste pour certains, mais c'est une incontournable réalité.


Sur le jeu vidéo EA Sports FC (anciennement FIFA), on peut choisir des équipes féminines et les statistiques démontrent que seuls 10 % des joueurs choisissent des équipes féminines.


Le sport féminin n’a pas encore trouvé son storytelling, ses moments fondateurs et son public naturel. Et dans ce vide narratif, l’esthétique corporelle devient un levier d’entrée. Pas le seul et certes pas le plus noble, mais c’est un levier réel. Le refuser en bloc, c’est scier la branche sur laquelle on est assise.


La sexualisation n’est pas toujours une érotisation. C’est un point que les débats actuels mélangent complètement. J’y vois trois niveaux :

Sexualisation marketing. Mise en valeur du corps, esthétique, glamour, image.

Érotisation implicite . Le public projette du désir, même si ce n’est pas l’intention.

Hypersexualisation explicite. Contenu volontairement érotique.


La pub de Sydney Sweeney est dans la catégorie 1 et n’émarge pas à la troisième catégorie. Mais les critiques la traitent comme si c’était la 3. C’est une confusion idéologique, pas une analyse.


Le paradoxe moral : “Nous voulons l’égalité salariale, mais pas les mécanismes qui génèrent les salaires.”. Le sport masculin génère des milliards parce qu'il vend des émotions et des corps. Et si tu veux les mêmes salaires, tu dois accepter les mêmes règles du jeu, or une partie du discours féministe sportif veut les salaires, les sponsors et les audiences, mais sans les contraintes du spectacle. C’est incohérent économiquement.


Le sport féminin doit sortir d’une forme de victimisation perpétuelle pour inventer son propre modèle. Avec une esthétique différente, une narration différente, une relation au public différente et une valorisation du corps différente. Mais il ne peut pas nier que le corps est un élément du spectacle sportif.


J’ai en tête une analogie qui vaut ce qu’elle vaut : c’est à dire pas grand-chose. Dans le cinéma, il y a eu des tentatives pour féminiser des « produits » et des personnages masculins et à chaque fois ce fut un flop. Notons que même le public féminin ne s’est pas déplacé. Quand on féminise artificiellement un produit culturel sans respecter ses mécaniques de marché, ça ne fonctionne pas. Et je pense à un « Trois Mousquetaires » entièrement féminisé et « Miss Web », tentative de transposer un succès masculin dans un univers féminin. Ces films ont en commun un problème structurel, Ils ne sont pas nés d’un désir du public, mais d’une intention idéologique ou marketing. Ils ne répondent pas à une demande, ils tentent de créer artificiellement une demande.


Et dans le cinéma comme dans le sport, le public ne suit jamais les injonctions, il suit ses envies.


Le public ne se dit jamais : « Je vais voir ce film parce qu’il est féminisé. ». Il se dit : « Je vais voir ce film parce qu’il me fait envie. ». Le sport fonctionne pareil. Le public ne se dit pas : « Je vais regarder ce match parce que c’est du sport féminin. ». Il se dit : « Je vais regarder ce match parce que ça m’intéresse. ». Et l’intérêt se construit par des récits, des rivalités, des stars, des émotions. Et des performances auxquelles le public peut s’identifier.


Et parfois, oui, par l’esthétique corporelle.


Je comprends qu’une sexualisation peut agacer, mais les hommes y ont eu droit aussi sans se plaindre, car ils ont compris le profit qu’il pouvait en tirer. Cette sexualisation, qu’on le veuille ou non, peut être un jalon dans le développement du sport féminin. En apportant une plus grande audience, plus de sponsors et plus d’argent qui ne pourra in fine que contribuer au développement du sport féminin.


Le sport féminin doit inventer son propre modèle : une esthétique différente, une narration différente, une relation au public différente. Mais il ne peut pas nier que le corps est un élément du spectacle sportif.


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David Pisatel "Réprouvé"




Disponible à la vente. Evaluations et reviews




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