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Clavicular à Paris : chronique d’un malentendu transatlantique

  • 13 août
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 1 jour

Un évènement très Instagramable a récemment agité les rézosocios : Clavicular a accumulé les râteaux lors de sa visite parisienne. Nouvel épisode de la saga Clavicular: Clavicular tentant de draguer à Paris


Calvicular, de son vrai nom Braden Eric Peters est un influenceur américain. Version courte et acceptable pour tout le monde. Son contenu est appréhendé comme masculiniste et favorable aux thèses raciales et d’extrême-droite. Sa page Wikipedia est bien achalandée et il suffit de taper son pseudonyme dans un moteur de recherche pour trouver à peu près ce que l’on souhaite.


Le talent du jeune homme est encore de cristalliser les débats, d’alimenter les controverses et d’enflammer toutes les discussions. Tout le monde a un avis sur Clavicular. Tout le monde fait le jeu de Clavicular, car son modèle économique repose sur sa notoriété. Qui génère de l’audience et du trafic sur ses comptes en rézosocios et lui permettent de négocier des partenariats. Économiquement parlant, c’est une belle réussite.


Qu’on l’apprécie ou qu’on le déteste, il maîtrise parfaitement l’économie de l’attention.


Il était donc en séjour à Paris et s’est baladé dans les rues de la capitale. Accompagné d’un garde du corps et d’un cadreur. Il a tenté de séduire des filles dans la rue, à la terrasse d’un café et même une bellissime barmaid. Il a enchaîné échecs sur échecs. Le tout filmé et diffusé sur sa chaîne Youtube. Principalement.


Il faut quand même lui reconnaître l’honnêteté d’avoir diffusé ses échecs, quand il aurait pu s’abstenir de les partager. Ce qui aurait été légitime. Spécialement pour une célébrité telle que lui.


Stratégie marketing, ces péripéties ont démultiplié la reconnaissance de sa « marque ».


Il ne fait doute aucun que le taux de pénétration de sa marque (sans mauvais jeu de mots) a du faire un bond, puisqu’il a même eu le droit à des reportages TV dans différentes émissions à grande audience et même au journal TV. Qui n’avait pas d’actualité brûlante à proposer ces jours-là.


In fine, la diffusion de ses échecs à Paris n’est pas un acte de sincérité : c’est une stratégie marketing. Et elle a fonctionné : reportages TV, trending topics, explosion de visibilité. Sur ce plan, c’est une réussite économique incontestable.


Clavicular tentant de flirter à Paris
Clavicular tentant de flirter à Paris

Il a reçu une pluie de critiques et beaucoup d’observateurs et commentateurs se sont drapés des couleurs nationales pour se frapper le torse d’incantations d’orgueil et de fierté (nationale). La France aurait remis M. Clavicular a sa place et lui aurait signifié sa médiocrité. Seule à le faire. La France ce pays unique parmi tous les autres.


France, lumière qui éclaire le monde.


J’y ai vu autre chose…


J’ai peut-être tort, mais l’épisode Clavicular n’a fait que souligner une asymétrie culturelle que peu ont semblé noter. Je n’ai pas vu le triomphe d’une culture sur une autre ou la valorisation de valeurs supérieures. L’épisode a flatté notre orgueil national, certes.


Ça fait toujours plaisir, mais c’est passer à côte de certaines réalités.


L’affaire Clavicular ne dit rien de la supériorité d’une culture sur une autre. Elle révèle surtout une asymétrie culturelle profonde passée inaperçue. Clavicular a simplement ignoré les codes locaux de la séduction, qui diffèrent profondément de ceux en vigueur aux États‑Unis.


Les codes de séduction et les interactions entre les genres sont différents des deux côtés de l’Atlantique. L’abord est plus fluide aux USA. Je n’ai pas écrit plus naturel à dessein, mais bien plus fluide. Et je n’émets pas de jugements de valeurs. Il n’y a pas de carte du tendre et des codes à respecter, tant que l’on reste dans la bienséance.


L’art du marivaudage n’est pas dans la culture américaine, plus pragmatique, quand de par chez nous il est une adresse et une habileté. A cet titre quand on écoute les hommes en quête d’échange de fluide, ils répètent souvent la difficulté à parvenir à leurs fins. Et que la difficulté serait définitivement française, car chez nos voisins européens la bagatelle semble plus facile d’accès. D’autres prendront pour preuve la part des relations tarifés plus importante chez nous que chez nos voisins. Où elle est aussi plus abordable.


En France, la séduction est un art social, un jeu subtil de signaux, de timing, de distance et de convenances. Le marivaudage n’est pas un folklore : c’est une compétence culturelle.


The Art of French Seduction by Fabrice Allory
The Art of French Seduction - Fabrice Allory

En France, une fille qui suit ses désirs et ses instincts sera souvent appréhendé comme une fille facile. Et beaucoup tiennent à leur réputation. La chose n’est pas étrangère aux USA, mais l’acceptation du désir et son accomplissement est plus accepté socialement que par chez nous. Peut-être l’expression des différences entre culture protestante et catholique.


Draguer une fille, en présence d’autres filles, c’est se condamner à l’échec dans notre beau pays. Une fille qui se laisse séduire, ou en offre les apparences, peut paraître se soumettre au désir du garçon. Et forcément la copine d’à côté d’endosser la livrée du juge. Si je cède, je suis une fille facile et je ternis ma réputation. Quand bien même je le trouve attirant. Première erreur de Clavicular : avoir sous-estimé le poids des convenance sociales de par chez nous. Poids des normes sociales et de la culture du paraître.


Filmer ses tentatives m’apparaît là aussi comme une erreur majeure. Nous n’avons pas en France le même abord que les étasuniens à la caméra. De par chez nous les notions de respect de la Vie privée sont plus strictes. Notre rapport à la caméra et l’exposition publique est différent. Ne dit on pas chez nous que pour vivre heureux, il faut vivre caché.


Planter une caméra et filmer et votre personnage de définitivement se contracter. Quand pour entrer en séduction, il faut savoir détendre et rassurer.


S’entourer, d’une équipe (cadreur et sécurité) m’apparaît là aussi comme un choix pauvre en terme de stratégie. Il donne un effet de meute et place la personne filmée en inconfort. Ou créer une sensation de danger. Encore une fois ce contexte n’est pas propice à la séduction. S’entourer d’une équipe peut crée une illusion dynamique de prédation. La personne abordée se sent observée, jugée. Rien de tout cela n’est propice à la séduction.


Inviter une française à une soirée dans les 5 premières minutes, me semble aussi voué à l’échec. A l’instar du personnage de Jean-Jacques Saurel joué par Jean Dujardin dans l’excellentissime « Le Loup de Wall Street », on ne fait pas du business d’entrée de jeu. Cette scène est assez cocasse, mémorable et pertinente. Quand bien même le personnage Jean-Jacques Saurel soit suisse, le théorème s’applique. Jordan Belfort rencontre Jean-Jacques Saurel pour discuter business. Jordan Belfort attaque d’entrée et Jean-Jacques Saurel lui indique que la coutume locale veut que 10 minutes de blabla prennent place avant d'entrer dans le vif du sujet. https://www.youtube.com/shorts/3kZs-p53eqQ


Jean-Jacques Saurel
Jean-Jacques Saurel

 Même chose pour le marivaudage : de par chez nous il faut créer du lien, du liant avant de partir à l’abordage.


Quand aux USA, l’on peut se permettre d’être plus direct.


Dans le bar, avec cette magnifique barmaid (Dieu qu’elle était belle!) Clavicular fait une autre erreur : d’entrée de jeu il la complimente sur son physique. Vraie carence en séduction. A son poste et son physique, elle l’a déjà entendu entre 14,7 et 49,8 millions de fois. Aucune originalité. Et en plus Clavicular dévoile déjà son plan en la complimentant sur son physique. C’est valable pour les autres filles. Il faut être suffisamment stratège pour faire comprendre que votre cible suscite de l’intérêt et la flatter sans jamais trop le verbaliser. Il faut l’insinuer, le susurrer, mais jamais l’exprimer pleinement.


La séduction française repose sur l’insinuation, pas sur la déclaration.


Mais la plupart des observateurs n'ont pas semblé sensibles à ces thématiques pour avancer leurs propres obsessions idéologiques. En se drapant de l’orgueil national. L’épisode Clavicular n’est pas un duel France vs. USA. Et pourtant, la plupart des commentateurs ont préféré y voir un récit patriotique plutôt qu’un phénomène sociologique.


On peut aussi se poser la question de l’usage de l’échec de Clavicular comme une validation narcissique.


Ce n’est pas une victoire culturelle. Ce n’est pas une preuve de supériorité nationale. C’est un cas d’école. Un individu appliquant les codes de son pays dans un environnement où ils ne peuvent pas fonctionner. Clavicular n’a pas été « remis à sa place ». Il a simplement joué une partition américaine sur une scène française.


Et la dissonance culturelle a fait le reste.




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