Ouais, c'est pas mal...
- 18 août
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Dernière mise à jour : il y a 1 jour
On ne le remarque même plus, mais de nos jours dans notre si beau pays plus personne ne dit en s’exclamant « c’est bien !». On consent désormais à lâcher un lapidaire « c’est pas mal... « . Souvent ponctué d’une moue légèrement dubitative.
Je me suis posé la question du pourquoi d’un usage devenu un habitus civilisationnel. Et je vous propose donc ce petit exposé qui n’a d’autres prétentions que d’offrir à la sagacité publique l’opportunité d’en débattre. Sans prétentions aucunes.
La langue française est l’une des plus riches. Et des plus complexes. Elle offre le matériau le plus abouti pour un écrivain en verve. La France est le pays qui décerne le plus de prix littéraires au monde, avec plus de 2 000 prix chaque année. Cette densité de distinctions contribue à faire de la littérature française un espace extrêmement valorisé. L’Académie française joue un rôle de légitimation littéraire depuis le XVIIᵉ siècle, proposant dès 1671 des prix d’éloquence et de poésie.
Plus récemment, Pauline Bruley, Micaël Girondin ou Eric Bordas se sont penchés sur la complexité et les subtilités de la langue française pour arriver à la conclusion que la richesse lexicale, la précision syntaxique et la musicalité de la langue française ont largement contribué au prestige et à la reconnaissance internationale de sa littérature.
Et pourtant, de nos jours l’on exprime son contentement et son enthousiasme par une moue boudeuse ponctuée du prévisible « c’est pas mal ! »
L’aphorisme attribué à Jean Cocteau, sans que personne n’en valide l’origine, peut nous donner les premières pistes : « les français sont des italiens de mauvaise humeur ». Nous serions donc des émotifs contrariés. Si ce n’est contrariants.
L’excès n’est pas apprécié de par chez nous. L’enthousiasme, de par chez nous, est un manque de tempérance et d’émotions qui entre en conflit direct avec notre esprit cartésien. Avec notre raison. Quelqu’un qui s’esbaudit en déclamant un « c’est très bien ! » ou « c’est génial » peut être appréhendé par ses pairs comme en nécessité cognitive. Ou en défaut de personnalité.
C’est une perte de contrôle de la raison sur le cœur et l’expression d’une forme d’incompétence sociale.
La langue française est aussi un art subtil de la rhétorique qui doit combiner en parfait équilibre, l’ethos, le logos et le pathos. Athos et Porthos étant en RTT, prière de ne pas déranger. Du sens, beaucoup, un peu de soi et parfois la pointe d’humour ou de sarcasme pour valider le tout.
La validation sociale se fait sur un subtil équilibre de nuance et de crédibilité. L’enthousiasme de pouvoir s’exprimer une fois la validation et la confiance acquises. Mais avec délicatesse.
Nous aimons à nous rappeler que la perfection n’est pas de ce monde. Rien de par chez nous ne peut être parfait et quand bien même ce le fut, nous devons exprimer a minima une réserve pour valider notre propos. C’est notre héritage culturel, inséré au plus profond de notre inconscient collectif. Et depuis notre plus tendre enfance. Le 20/20 est suspect, le 19,5/20 un accomplissement. Ou un triomphe.
Le « c’est bien ! » laisse une impression de catégorique et d’irrévocable. C’est angoissant pour un français qui aime à s’imaginer l’inaccompli comme un devenir ou une promesse. Beaucoup moins angoissant qu’une fin pour ce qu’elle propose d’abrupt et de définitif.
Nos spécificités ne manquent pas de surprendre les extra-nationaux qui peinent à percevoir nos complexités à ce sujet. Les Anglo-Saxons à l’efficacité froide et viscérale de ne point valider cet esprit français infécond. Voire improductif. Nos voisins du Nord et du Sud de se rejoindre dans la pertinence du jugement de Jean Cocteau. Décidément des constipés… Pour les asiatiques, le référant est plus subjectif et met en charge des réalités communes sous ses longitudes. Notre sens si français de la nuance est parfois interprété comme un excès de pudeur.
Chez nous la nuance est une compétence culturelle. L’insinuation plus que la déclaration.
Et dans le domaine professionnel, me demanderez vous ?
Et c’est là que les choses se compliquent. La nuance devient une complication et les non-dits un frein à l’efficacité. Il peut parfois être un outil efficace de management. Et devenir une déclinaison du « Never satisfied ». Pour ceux qui ont connu… On signifie que la bonne voie a été empruntée et qu’il reste encore à faire.
Le « c’est pas mal » peut dès lors être interprété comme un encouragement et non une promesse. Une forme de motivation comme une autre.
Il permet aussi de conserver une marge de manœuvre au cas où. Un flou qui tient plus du stratégique que de l’artistique.
Les entreprises internationales qui s’implantent en France se doivent d’intégrer le « compliment nuancé » à la française, car de par chez nous la nuance est une valeur cardinale.
In fine le « c’est pas mal ! » c’est reconnaître la qualité mais rester dans l’exigence.
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Et vous utilisez vous le "c'est pas mal !" ?
Oui, je le dis tout le temps !
Non, quand j'aime je le dis direct !
Je ne sais pas, me suis jamais posé la question !




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