Le télétravail, une bénédiction ou une malédiction ?
- 22 mai
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 4 jours
Sujet complexe et différent de mes habitudes et thématiques usuelles sur ce blog : aujourd’hui j’ai décidé de faire un point sur le télétravail.
Avant toute chose, il faut se rappeler que le télétravail ne peut s’appliquer que sur les segments supérieurs et ce que l’on nomme pudiquement les cols blancs.
Les agriculteurs, vendeurs, hôtes et hôtesse d’accueil, les manutentionnaires, les vendeurs, les chauffeurs-livreurs, caissiers, infirmières, pompiers, policiers et tant d‘autres ne peuvent de toute évidence pas télétravailler. Quelques fractions des cols blancs et CSP+ non plus et je pense aux médecins, chefs de chantier et quelques autres dans des sphères culturelles et artistiques.
Avant de plonger dans la thématiques, deux ou trois chiffres nécessaires : - 27 % des salariés télétravaillent au moins un jour par semaine (DARES 2024) - environ 35 % des emplois sont télétravaillables (OCDE)
L’INSEE de proposer à la sagacité publique une étude sur la productivité du télétravail entre 2019 et 2022.
Le gain de productivité du télétravail serait au maximum de 1 %.
Les gains de productivité peuvent apparaître modestes en premier lieu, mais il m’apparaît important de les contextualiser.
Les contradicteurs du télétravail de souligner le réalité d’un gain somme toute marginale, mais dans la réalité le télétravail ne forme que 10 % du volume des heures travaillées.

Ce qui revient in fine à considérer les gains éventuels de productivité sur le premier décile comme une réalité applicable sur le reste. Ce qui n’a pas réellement de sens en soi et ne permet pas de dégager de vraies tendances significatives.
L’INSEE précise que l’augmentation de la productivité du télétravail cesse lorsque le télétravail atteint 20 à 25 % des heures de travail. On peut tout aussi objecter que le gain réalisé sur le premier décile pourrait aussi croître si le télétravail était élargi.
A contrario, n’oublions pas que les critères de productivité appliqués par l’INSEE sont la mesure de la production immédiate, le gain de temps, l’efficacité individuelle et la réduction des coûts. A l’exclusion de l’innovation, de la créativité, de la transmission des savoirs et des informations, de la formation et de la cohésion, souvent absentes du cadre du télétravail.
Les conséquences annexes du télétravail.
Les opposants au télétravail de souligner qu’il a un effet sur les commerces de centre-ville et des quartiers d’affaire, sans oublier l’effet dépressif sur l’immobilier de centre-ville.
Concernant l’effritement des chiffres d’affaire des commerces de centre-ville ou de quartiers d’affaire, le télétravail a certes un impact, mais il reste modéré en comparaison des effets délétères du commerce en ligne, qui reste le premier fossoyeur des commerces de centre ville. Rappelons nous que moins de chiffre d’affaire, c’est aussi moins d’impôts et de taxes qui rentrent dans les caisses de l’État.

On pourra dans le même élan inclure dans la critique, le volet développement durable et l’effet bénéfique du télétravail à ce sujet. Les commerces de centre-ville se font livrer par camion qui pour leur grande majorité ne roule pas à l’électrique ou à l’hydrogène. Ce qui ne peut qu’être bénéfique pour la qualité de l’air des centres villes.
Le télétravail n’est pas la première raison du marasme de l’immobilier de bureau.
En Île de France, 6,2 millions de m² de bureaux sont inoccupés ! Vous avez bien lu : 6,2 millions de m². En pleine crise du logement… La construction est restée soutenue et n’a jamais collé à l’offre. L’immobilier de bureau est plus rentable que le résidentiel. Les rendements locatifs sont plus élevés, les baux professionnels plus longs et plus stables, les loyers plus importants et selon les emplacements les valorisations peuvent être plus importantes.
La raison première du marasme de l’immobilier de bureau est encore la course à la rentabilité la plus rapide, à rebours des réalités de l’offre et de la demande sur ce segment. Trop d’offre tissée sur l’espoir de gains rapides et généreux.
Le télétravail a bon dos.
Le télétravail permet aussi de réduire les coûts dans la chaîne des valeurs. Le premier poste budgétaire d’une entreprise est très souvent sa masse salariale et le second le foncier. Moins de dépense immobilière, c’est aussi améliorer la marge des entreprises.
Et c’est pour cette raison que de plus en plus d’entreprises sont passé au flex-office. Le flex-office est un aménagement des bureaux qui diffère des espaces classiques de travail avec : Des postes de travail non attitrés, des bureaux et des espaces ouverts, une certaine liberté dans le fait de circuler entre les espaces et les étages
Si l’on élargit la prospective, le télétravail d’être un des meilleurs outils à disposition pour ranimer les zones rurales délaissées. N'étant plus obligé d'habiter en centre urbain à proximité de son travail, l'on est libre de se loger en zone rurale ou lointaine péri-urbaine. Meilleur cadre de Vie pour un prix de la pierre inférieur à celui des grands centres urbains.
Le télétravail de devenir céans l’un des meilleurs outils de l’urbanisme et maillage du territoire national.
Un effet développement durable et de bien-être amélioré.
Le télétravail c’est aussi moins de transports et un meilleur bilan carbone, qu’il n’est nul besoin de démontrer tant il fait évidence.

Mais c’est aussi plus de temps disponible pour le télétravailleur et une meilleure articulation des temps disponibles (loisirs et travail). Un effet non négligeable sur l’équilibre mental et nerveux et une disponibilité pouvant aussi produire un facteur positif de natalité.
Un télétravail plus conséquent permettrait un logement loin des agglomérations, dans des zones où le coût de la Vie reste moins élevé qu’en centre urbain, avec des surfaces immobilières plus généreuses, plus de temps disponible sans le poids du transport et des conditions plus favorables pour la parentalité.
Les problématiques de pouvoir d’achat d’aussi y trouver solution, le télétravail réduisant les dépenses de transports et libérant du pouvoir d’achat.
Le télétravail, c’est aussi des gains de bien-être au travail non mesurables en l’état. Plus de management autoritaire ou oppressant, de mal-être au travail, d'avoir à subir certains collègues, d’éventuels harcèlements moraux et/ou sexuels. C’est la réalisation d’objectifs et de résultats sans pression sociale et comportementale.
Non mesurable mais bénéfique pour la productivité en tout point.
Notons aussi qu’il faut aussi une tessiture spécifique de personnalité pour se sentir bien dans le télétravail. Pour certains, il renforce l’isolement et aurait des effets délétères sur l'humeur, quand d’autres s’accommodent plus aisément d’une forme de solitude et d’indépendance.
Pour d’autres, le télétravail est une perte de cohésion d’équipe, une hyper-connexion et une invisibilisation de son propre travail. Le télétravail ne permettrait pas de faire reconnaître ses compétences et qualités à leur juste valeur et fermerait la porte à la promotion sociale. Il deviendrait dès lors un facteur de ralentissement des carrières et d’invisibilisation.
Pour d'autres, il ne permet pas une intégration saine et efficace des juniors dans l’entreprise tout en se rappelant, qu'à propos de cette thématique, le développement de l'usage de l'IA en entreprise assombrit bien plus les perspectives que le seul télétravail.
D’autres soulignent aussi le danger de la disparition de la nécessaire césure entre travail et le temps libre. Certains n ‘arrivent pas à canaliser ou contingenter le travail et sa nécessité dans une juste mesure. Quelques télétravailleurs d'avoir mis en place leur propre équilibre en mettant en place des rituels. Un ordinateur pour uniquement travailler, voire une pièce du logement dédiée, le tout bien séparé du reste.
Le travail présentiel legs d'un système ancien
Le travail présentiel est un legs du 19ème siècle et de l’industrialisation.
L’outil de production représentait l’essentiel du capital investi et proposait une incontournable unicité de lieu. Le travail présentiel était indispensable à la production.
Il reproduisait et consolidait une verticalité patriarcale des relations de travail, avec une inévitable hiérarchie constituée. D’aucuns de souligner le bénéfice d'une société constante et durable, unie autour d'un même lieu et d'un même objectif de production. D'un projet commun.
Une cohérence de groupe solide dans son bâti et ses inamovibles hiérarchies.
L’on appartenait d'abord à un collectif avant d’être quelqu’un. Notre travail nous définissait en liminaire. Lors de rencontres, on se demandait quel était notre travail avant d’aller plus avant.

Pour d’autres, ce n’est ni plus, ni moins que la reproduction d’un système féodal . Avec son cortège d’abus et de domination, parfois de conflictualisation.
Que le salaire induit une dépendance assimilable à un servage de plus en plus contraignant lorsque le chômage reste élevé et que l’angoisse de la perte de son emploi conduit à une docilité de tous les instants.
On peut aussi se poser la question de l’individualisation croissante de nos sociétés qui nous apparaît de moins en moins compatible avec cette structuration du travail « ancien régime ». Le télétravail de proposer un écrin et une dynamique plus compatible avec l’individualisation.
D’autres vont encore plus loin et prédisent la fin du salariat pour un forme de travail à son propre compte, pleinement compatible avec le télétravail. Cependant, les contradicteurs de cette vision/prédiction nous rappellent que la fin du salariat signifie la fin de la protection sociale telle que nous la connaissons et le début d’une forme de précarité semblable à celle de l'ère pré-industrielle.
Il y a 20 ans la France avait 2 millions d’emplois non salariés, aujourd’hui il y en a 4 millions et le phénomène semble en progression constante.
Il y a une forte dimension personnelle et singulière dans l’appréhension du télétravail.
Tous ne peuvent s’y épanouir pleinement, mais il propose de nombreux avantages pour les salariés et les auto-entrepreneurs et à ce titre il ne peut être écarté sur la base de quelques arguments aussi pertinents soient ils.
A date il me semble impossible de revenir en arrière et beaucoup le considèrent comme un acquis social.
La part du télétravail ne devrait pas être imposée, mais négociée et rester flexible.
Et vous, quelle est votre opinion au sujet du télétravail ?
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