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Le jour où le soupçon m’a rattrapé...

  • 11 août
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Je sors de la salle de gym a 9h30 (du matin, sinon j’aurais écrit 21h).


Je me dirige vers la station de métro la plus proche pour regagner mes pénates. Je me rend sur le quai pour attendre sagement la rame suivante. Je vois une femme assise et je suis un peu interloqué.


Elle ressemble à mon ancienne compagne dont je n’ai plus de nouvelles depuis 6/7 ans. Mais je ne suis pas sûr de moi, est ce vraiment elle ? Elle est perdue dans son téléphone, je plisse les yeux et j’essaie de savoir si mon intuition première est la bonne. Une personne peut changer physiquement et les femmes ajouter en variation (blonde ou brune, cheveux longs ou courts…). Il faut aussi que je concède qu’à mon âge je n’ai plus les facultés visuelles d’un jeune homme.


Mon regard est, bien sûr, à ce moment là insistant, mais elle ne me regarde pas et en aucun cas, que ce soit elle ou non, je ne souhaite l’incommoder.



Un autre femme se tient à 3 mètres de moi et a noté que je regarde celle que j’imaginais être mon ancienne compagne avec insistance.


Elle me fusille du regard !


Je lis dans son regard « Espèce de gros porc !! Tu ne peux pas te retenir !! Les hommes sont vraiment tous des porcs. »


Je suis interloqué et pétrifié. J’ai été à deux doigts de lui exprimer mon émotion et lui expliquer les raisons de mon regard insistant, quand la rame entre à quai. Je me raisonne en me disant qu’il vaut mieux que je brise là. Que je reste civil, urbain et gentleman. Mais cet épisode s’est inscrit au plus profond de mon âme tourmentée.


La présomption de culpabilité m’a rattrapé.


Brisé et humilié. Je me suis senti si mal, quand à l’origine je me serais fait une joie de pour voir prendre des nouvelles de mon ancienne compagne et la savoir heureuse. Si, au moins, tu m’avais demandé explication ou pris la parole pour me faire la morale, je t’aurais expliqué à quel point tu te fourvoyais. Mais non, nous ne sommes plus jugés que sur des apparences et des postures que l’on nous prête sans même avoir vérifié leur réalité.


Peut-être une nouvelle expression de ces biais cognitifs qui étouffent notre raison. Biais de halo, biais de confirmation, etc.


Malheureusement les exemples se multiplient.


L’autre jour à la salle de sport orange, une jeune fille fait un peu n’importe quoi sur une machine de torture à côté de moi. C’est à la fois inefficace et potentiellement dangereux. En la vouvoyant et dans un élan urbain et respectueux je lui pose la question de savoir quel groupe musculaire elle souhaite travailler. Je fais du sport depuis plus de 40 ans et je fréquente les salles de musculation depuis une trentaine d’années. J’ai fait moi aussi des erreurs, me suis blessé si souvent pour avoir ensuite connu toutes les modes et tendances en matière d’entraînement.



Peut-être à tort ou à raison, peut-être trop paternaliste, mais définitivement dans un élan d’altérité.


Le modèle économique des salles de sport orange repose sur un personnel réduit, afin de pouvoir proposer des abonnements à bons tarifs. Il n’y a donc personne pour vous proposer les bons conseils. Débrouillez vous !


La conversation s’engage et poliment, en toute humilité, je lui indique deux mouvements et les muscles sollicités. Je reste dans le vouvoiement. Je lui demande poliment si je peux lui montrer sur son dos avant d’initier un contact physique. Une fois son accord obtenu, avec mon index, je lui touche, un quart de seconde, un muscle rhomboïde et un muscle latéral.


Pour lui expliquer dans le concret les différences dans les mouvements.


Puis je la laisse tranquille et retourne à ma torture sur ma machine. Et je ne lui adresserais plus la parole.


Une autre femme sur une machine proche me fusille du regard. Là aussi. Encore une fois. Je lis dans son regard « gros porc » mais aussi « paternaliste de m*rde ». Je crois que de nos jours ça se dit man-quelque chose…


J’ai un naturel à aider mon prochain, quand la réciproque ne m’est jamais accordé. J’applique involontairement les principes Schopenhauer : neutre et bienveillant, mais toujours disponible. Mais céans j’arrive au bout de ma logique.


Je n’en peux plus et je suis arrivé à saturation.


C’est devenu irrespirable. J’en suis arrivé à désirer l’avènement de wagons réservés aux hommes et aux femmes dans les transports en commun. A des salles de musculation genrées, afin de me sentir en sécurité.



Le féminisme est une nécessité. Ça ne se discute même pas. Metoo devait arriver et le prise de conscience qui a suivi et a été là aussi nécessaire. Mais on atteint désormais des excès qui sont insupportables.


J’en viens moi aussi à accepter l’idée d’une séparation nette et franche des genres. Afin de me protéger. De ne pas me mettre en danger. Il suffit d’une accusation pour être désormais coupable. Et ça pose beaucoup de questions. Subsidiaires.


Proposez nous un nouveau modèle de société et on s’adaptera. Mais trois fois hélas, rien de substantiel de nous être proposé. Nous n’avons droit pour l’instant qu’à des invectives, des réprimandes et des injonctions à la repentance. Un renversement de pouvoir. Pour certains ou certaines légitime au regard des fautes et crimes commis.


Soit !


Mais après l’invective reçue et assimilée, que dois je faire ? On ne me propose rien. Pas de « guidelines » pas d’instructions, pas de manuel. Débrouille toi tout seul !


Est ce qu’inconsciemment je n’en veux pas à un groupe ou à quelqu’un de vivre dans le malaise ? Quand il ne devient pas un mal-être. On a toujours tendance à externaliser ses rancœurs et se trouver des coupables et responsables. Ça n’a jamais été la question pour moi, mais au final, je m’interroge.


En discutant avec des femmes, je constate qu’une part croissante d’entre elles ne cautionnent pas ces écarts. Elles sont et restent féministes, mais elles sont aussi pragmatiques et fuient les excès.


Si j’avais un message à faire passer, c’est à elles que je m’adresserais. On ne nous écoutera jamais, notre appartenance au genre honni de perpétuellement nous déclasser. Par contre vous femmes raisonnables, pragmatiques et éduquées exprimez vous ! Vous serez bien plus écoutées que nous le saurons jamais.


Essayez de faire comprendre aux plus militantes qu’un nouvel âge de raison devrait désormais avenir. Pour que l’on retrouve de la sérénité et que l’on redécouvre le vivre ensemble. Par ce qu’il est nécessaire.


Après la révolution, ses invectives, conflits et violences, qu’un nouvel âge débute enfin !


 
 
 

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