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Le contrôle social ? Jamais chez nous !!

  • 28 juil.
  • 6 min de lecture

Une étape de plus vient d’être franchie et personne ne semble s’en rendre compte : l’interdiction des rézosocios pour les moins de 15 ans.


Je passe sur la réalité effective de cette disposition dans son application et la facilité avec laquelle elle pourra être contournée, pour m’intéresser à ce que cela implique en filigrane : une nouvelle étape vers le contrôle social.


A ce jour, les solutions envisagées (selon les articles de presse récents) incluent :

Soit une vérification via tiers de confiance (ex : opérateur télécoms, banque),

Soit une vérification avec une pièce d’identité,

Soit une vérification par analyse biométrique (âge estimé par IA sur photo/vidéo),

Soit une vérification par carte bancaire.


Quelque soit la solution retenue, cela crée un nouveau point de contrôle.


Trois arguments qui vont dans ce sens :




1/ L’identification obligatoire casse l’anonymat fonctionnel.

Même si le réseau ne stocke pas l’identité, le simple fait qu’un tiers valide mon âge crée une chaîne de traçabilité potentielle.


De nombreux scandales ont déjà eu lieu sur cette problématique. Des VPN qui stockaient les données de connexion, le piratage de basses de données censées être surprotégées et les multinationales californiennes de la tech qui juraient la main sur cœur qu’elles ne stockaient rien concernant la Vie privée de leur clients et usagers.


Sources :


NordVPN (2018) – Serveur compromis

NordVPN avait promis de ne conserver aucun log. Pourtant, un serveur loué en Finlande a été compromis, révélant que des métadonnées techniques étaient accessibles. L’affaire a été largement documentée par TechCrunch et The Verge.https://techcrunch.com/2019/10/21/nordvpn-confirms-it-was-hacked/


PureVPN (2017) – Logs utilisés dans une enquête du FBI

PureVPN affirmait “no logs”. Pourtant, le FBI a utilisé des logs de connexion fournis par PureVPN pour arrêter un cyberharceleur. Cela a prouvé que le VPN conservait des données de connexion.https://betanews.com/article/purevpn-logs-fbi/https://www.reddit.com/r/VPNUniversity/comments/1qcz1ju/why_your_vpn_provider_is_probably_lying_about/


Yahoo (2013–2014) – 3 milliards de comptes compromis. Tout a été compromis : emails, questions secrètes, hash de mots de passe


Equifax (2017) – Données financières de 147 millions de personnes https://www.nytimes.com/2017/09/07/business/equifax-cyberattack.html


Facebook / Cambridge Analytica (2018). Facebook affirmait ne pas vendre les données. Pourtant, Cambridge Analytica a utilisé les données de 87 millions d’utilisateurs pour du profilage politique.https://www.theguardian.com/technology/2019/mar/17/the-cambridge-analytica-scandal-changed-the-world-but-it-didnt-change-facebook


Apple – Siri enregistrait des conversations privéeshttps://www.siliconrepublic.com/business/apple-whistleblower-siri-recording


Amazon – Alexa enregistrait et transmettait des conversations. Amazon affirmait que les enregistrements n’étaient pas écoutés. En réalité, des employés analysaient des extraits audio.https://www.businessinsider.com/amazon-alexa-recordings-workers-2019-4




2/ Le cavalier juridique évident.

Une fois l’infrastructure d’identification installée, elle peut être étendue. L’histoire des politiques publiques montre que les dispositifs techniques, une fois en place, sont souvent réutilisés pour d’autres finalités (sécurité, lutte contre la haine, fraude, etc.).


Un cavalier juridique, c’est une disposition ajoutée dans une loi qui n’a pas de rapport direct avec son objet initial. C’est une technique classique pour faire passer des extensions de pouvoir, des obligations nouvelles, des restrictions supplémentaires, ou des mécanismes de contrôle.


Dans le cas présent, l’infrastructure d’identification des mineurs crée un socle technique.


Une fois ce socle posé, il devient très facile, juridiquement et politiquement, d’ajouter un cavalier dans une loi future, puisque le mécanisme juridique existe déjà.

Afin de lutter contre la haine en ligne, les plateformes devront vérifier l’identité des utilisateurs signalés.

Afin de lutter contre la fraude, les plateformes devront vérifier l’identité des comptes commerciaux.”

Afin de lutter contre les ingérences étrangères, les plateformes devront vérifier l’identité des comptes diffusant du contenu politique.


C’est un principe rémanent des politiques publiques. La vidéosurveillance a été installée pour la sécurité et elle sert maintenant à la circulation, aux amendes et aux enquêtes fiscales.


Les fichiers biométriques ont été créés pour les passeports et ils servent maintenant à la police, à la lutte contre la fraude, etc.


C’est la logique interne des États modernes. Un outil disponible finit toujours par être réutilisé.


Exemples:


A. Le fichier TES (Titres électroniques sécurisés)

Créé pour regrouper les données des passeports et cartes d’identité. On promettait qu’il ne servirait qu’à cela. Quelques années plus tard, des débats ont émergé sur son utilisation possible pour les enquêtes judiciaires, la lutte contre la fraude documentaire et l’identification biométrique. Le Conseil d’État lui-même a reconnu que la tentation d’étendre les usages existe toujours.


B. La loi Renseignement (2015)

Présentée comme une réponse au terrorisme. Elle a introduit les “boîtes noires” algorithmiques, la collecte massive de métadonnées, l’accès élargi aux données des opérateurs. Depuis, ces outils ont été étendus à la criminalité organisée, la fraude grave et certaines enquêtes sensibles.


C. La vidéosurveillance

Initialement déployée pour la sécurité publique. Elle sert aujourd’hui à la circulation, aux amendes, aux enquêtes fiscales et à la lutte contre les incivilités.


D. La biométrie

Créée pour les passeports. Utilisée ensuite pour les contrôles policiers, les enquêtes judiciaires, la lutte contre la fraude. En France comme ailleurs, un outil technique n’est jamais figé. Il suit la logique interne de l’État moderne. Ce qui existe finit toujours par être réutilisé.



3/ Le risque de dérive dépend du cadre légal futur

On installe aujourd’hui un système pour protéger les mineurs, mais demain il pourrait servir à surveiller les adultes. Le risque de cette Loi, c’est qu’elle crée les conditions techniques pour une future loi liberticide.


Un glissement peut prendre plusieurs formes :

Fin de l’anonymat fonctionnel : même si l’identité n’est pas stockée, elle est vérifiée.

Traçabilité indirecte : un tiers de confiance sait qui s’est connecté où.

Profilage comportemental : croisement possible entre identité validée et activité en ligne.

Responsabilisation pénale des plateformes : elles auront intérêt à sur‑identifier pour se protéger.

Extension progressive : d’abord les mineurs, puis les comptes sensibles, puis tout le monde.


C’est exactement ce qui s’est passé avec la lutte contre le terrorisme, devenue lutte contre la haine, puis lutte contre la désinformation.



4/ Le RGPD : un garde-fou réel, mais insuffisant face aux dérives structurelles

Le RGPD est un texte solide car il impose une minimisation des données, une finalité explicite, un consentement, un droit à l’oubli et une sécurité renforcée.Mais il a trois limites structurelles,


A. Le RGPD ne protège pas contre les lois nationales

Une loi française peut imposer : une identification obligatoire, une vérification d’âge, une collecte minimale mais obligatoire. Le RGPD ne peut pas s’y opposer si la loi invoque la sécurité nationale, la protection des mineurs et la lutte contre la fraude.


B. Le RGPD ne protège pas contre les extensions futures

Si demain une loi élargit les finalités de l’identification, le RGPD ne peut pas empêcher cette extension.


C. Le RGPD ne protège pas contre les fuites, piratages, erreurs humaines

Même les systèmes “conformes RGPD” ont connu des piratages, des fuites massives, des erreurs de configuration et des détournements internes. Le RGPD protège juridiquement, pas techniquement.



Pour certains, ils étaient temps de mettre fin au pseudonymat sur le Net afin de retrouver quiétude et sérénité.


Mais ils oublient que la liberté c’est aussi accepter une part d’ombre et de mystères. D’occulté. Et c’est cette part d’ombre, même si ça paraît contre-intuitif qui garantit nos libertés.


Je psychote, je suis entré en paranoïa et je devrais consulter… Peut-être mais céans, je m’inquiète avec raison. Et je souhaite avoir tort.


Sécurité, sûreté, liberté trois concepts majeurs.


La sécurité, c’est la protection contre les risques externes (criminalité, terrorisme, fraude, cyberattaques).


La sûreté, c’est la protection contre les risques internes (abus de pouvoir, surveillance excessive, dérives institutionnelles, atteintes aux libertés). La sûreté est tournée vers l’État lui-même. C’est un concept fondamental du droit français depuis 1789. La sûreté, c’est la garantie que l’État ne deviendra pas dangereux.


La liberté, c’est l’espace dans lequel l’individu peut agir, penser, s’exprimer, se tromper, expérimenter et exister sans être surveillé.

La liberté n’est pas l’harmonie.

La liberté n’est pas la tranquillité.

La liberté n’est pas le confort psychologique.

La liberté implique de facto du désordre, du conflit, du chaos non violent, des opinions déplaisantes et des comportements imparfaits.


L’identification obligatoire est présentée comme un outil de sécurité (protéger les mineurs). Mais elle crée un risque pour la sûreté (pouvoir de contrôle). Et elle menace la liberté (fin du pseudonymat fonctionnel).On nous vend de la sécurité, mais on installe un outil qui affecte la sûreté, et qui menace la liberté.


Je ne pense pas être paranoïaque, mais je tiens à rester vigilant.


La liberté n’est jamais menacée frontalement. Elle est grignotée par petites touches, au nom de la sécurité, au nom du progrès, au nom du bien.


Je souhaite avoir tort. Mais l’histoire montre que les dispositifs techniques, une fois installés, ne disparaissent jamais.


 
 
 

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